OVNIS : RR3 et hallucination objective


Ovnis-Direct
Powered by Conduit Mobile


Article publié par Philippe SOLAL, agrégé de philosophie à l'Institut National des Sciences Appliquées de Toulouse

Cet article a pour objectif d’approfondir la thèse selon laquelle le phénomène OVNI présente des manifestations qui sont à la fois physiques et psychiques. Cette étrange propriété d’être simultanément de nature physique et de nature psychique donne au phénomène l’un de ses plus puissants moyens de dissimulation et de brouillage car elle lui permet d’apparaître de manière sélective, c’est-à-dire de sélectionner les témoins qui, dans un groupe réuni au même moment et dans un même lieu,  percevront  l’OVNI, par rapport à ceux qui ne le percevront pas. Là se situe le secret de son étonnante élusivité, par laquelle il nous glisse constamment des doigts, comme une savonnette impossible à saisir, en jouant constamment sur deux plans, celui de l’extériorité physique et de l’intériorité psychique.

Cette propriété déroutante est, sans doute, l’une des plus complexes à éclaircir car l’explication proposée mobilise l’ensemble des concepts du nouveau paradigme sur lequel nous nous appuyons, celui d’une physique de la conscience et de l’information.
 
L’expression « d’hallucination objective », utilisée par plusieurs auteurs de l’ouvrage Ovnis et conscience, pour désigner cette propriété, est intéressante car elle réunit deux idées contradictoires (hallucination et objectivité)  mais  elle peut prêter à confusion et susciter de mauvaises interprétations que nous tenterons ici de dissiper.

I. Perception, hallucination et illusion
 
Que faut-il entendre par « hallucination objective » ?  En psychiatrie, une hallucination désigne un ensemble de représentations (auditives, visuelles, tactiles et même liées à l’odorat et au goût) considérées comme délirantes car elles n’existent que dans l’esprit du sujet qui en est affecté. L’hallucination est, par essence, subjective et individuelle et elle ne renvoie à aucune réalité extérieure au sujet. Elle peut se définir comme « une représentation sans objet », comme l’écrivait le psychanalyste Jacques Lacan.  Le concept d’ « hallucination collective »  a été, quant à lui, battu en brèche par la psychiatrie moderne, depuis la tentative opérée par Gustave Le Bon pour en fonder le principe à partir de la notion de « foule psychologique » (1895). Cette notion est rangée aujourd’hui au niveau des mythes de l’histoire de la psychologie et n’en constitue plus une catégorie opératoire.
 
a. L’hallucination est toujours individuelle. Elle n’est donc pas une perception mais une représentation psychique interprétée de manière erronée comme une perception par le sujet délirant. C’est le schizophrène qui entend des voix ou qui est soumis à des visions qui ne correspondent à aucune réalité extérieure à sa conscience. 
 
b. La perception est un processus cognitif qui est, par contre, universel et objectif puisque tout objet réel que je peux percevoir par l’entremise de mes sens (par exemple, la vue)  doit l’être aussi par tout autre.

A la lumière de ces deux définitions triviales, on voit qu’a priori la notion « d’hallucination objective » n’a pas de sens et qu’elle constitue une contradiction dans les termes.

c. Il faut bien se garder cependant de confondre  une hallucination et une illusion.  L’illusion est une forme de perception erronée mais elle est objective et universelle. Ainsi l’illusion d’optique du bâton que l’on voit brisé quand on le plonge dans l’eau est universelle (tout le monde voit la brisure) tout en étant erronée (le bâton n’est pas vraiment brisé). L’universalité vient ici des lois de notre perception visuelle et des propriétés de la lumière (lois de la dioptrie). L’illusion n’est donc pas une hallucination car cette dernière n’est pas une perception du tout.


II. Une rencontre rapprochée sélective
 
On va voir que le phénomène OVNI dans les situations dites de « rencontres rapprochées » va être en mesure de bousculer et de subvertir la classification que l’on vient de rappeler. Pour expliquer de quelle manière s’opère cette subversion nous allons nous appuyer sur un témoignage de RR3 d’une femme désignée par un pseudonyme (« Marie-Josèphe »), que l’on pourra écouter en se reportant au lien suivant :


Le fait que ce témoignage ait été donnée lors d’une émission parodique bien connue des années 1980 ne nous paraît pas une raison suffisante pour le disqualifier, et ce d’autant qu’il correspond à d’autres témoignages du même type où un phénomène d’observation sélective a pu être relevé. 

Le témoin, désigné par le pseudonyme « Marie-Josèphe ».

Je résume les informations données par le témoin durant cette émission :
 
Le 22 novembre 1978, le soir, vers 19h, Marie-Josèphe était dans sa cuisine et venait de préparer un dessert. Elle voulut fermer ses volets et ouvrit la fenêtre, quand sur la gauche, elle entendit un « petit bruit, un ronronnement ». Elle se dit : « tiens, un petit avion ». Elle regarda et, effectivement, il y avait quelque chose qui se déplaçait dans le ciel et : 
« à ce moment là, au bout du parking, à une hauteur de 15 mètres à peu près, et à une vingtaine de mètres de moi, il y avait une rangée de hublots éclairés ; et comme il commençait à faire sombre, alors je dis, tiens un avion, puis j’ai réalisé…mais il bouge pas, tiens c’est curieux…Je me suis habituée à la pénombre, parce que j’étais en pleine lumière, et cela demandait quelques secondes, et ensuite j’ai aperçu une masse sombre tout autour de ces hublots…C’était un peu incliné, vous voyez, un petit peu en biais…
 
C. Dechavanne : ils étaient posés ?
 
MJ : euh…ils étaient en hauteur,
 
C. D: et il s’est posé finalement ?
 
MJ : Non, non, pas du tout. Il s’est passé plusieurs choses. C’est-à-dire qu’à ce moment là l’engin s’est avancé plus près, il s’est rapproché de moi, à peu près à une dizaine de mètres, mais toujours sur le côté gauche face à des arbres qu’on a dans le parc.
 
C. D: et vous étiez toute seule ?
 
MJ : J’étais toute seule à ma fenêtre, oui. Et je le regardais et là les hublots se sont éclairés de toutes les couleurs, il y avait plusieurs couleurs et il y avait une brume sombre qui sortait de sous l’engin et qui entourait la base de l’engin ; ça faisait comme une fumée sombre. Bon, alors je regardais ça, je trouvais ça joli toutes ces couleurs…
 
C. D: Vous n’avez pas été surprise du tout ?
 
MJ : Ah ben plutôt oui, parce qu’au début je me suis pincé, je me suis dit un vaisseau, c’est pas possible, non c’est pas possible
 
C. D: Et finalement ?
 
MJ : Et finalement, bon bin j’étais bien obligée d’admettre, et je ne raisonnais pas si vous voulez, j’étais tellement stupéfaite de voir ça, que je regardais, je regardais et puis donc l’engin, il s’était rapproché et il avait baissé un peu, il est resté un moment comme ça, et puis après il est descendu à 80 cm du sol, et il s’est incliné. Alors quand il s’est incliné il s’est passé quelque chose, c’est que la lumière qui paraissait à travers le hublot est remontée dans le haut si bien qu’il restait juste un petit filet de couleur et tout le reste était blanc jaune (…)
 
Et alors, bon  j’éteins ma fenêtre, je continue à regarder et puis alors sur la gauche il y a une petite route qui passe au bout du parking, et j’entendais des pas mais c’était très bruyant, très bruyant, et c’était le vaisseau qui m’intéressais, et je me disais tiens comme il est descendu il va sans doute sortir quelqu’un, alors j’attendais, et puis à un moment j’ai senti une attirance, vous savez comme si on m’attirait, comme si j’étais attiré pour aller vers l’engin et à ce moment là j’ai pensé que je pouvais pas sortir du côté où j’étais parce qu’il y avait pas de portes, il y avait que des fenêtres et je dis si je fais le tour de l’immeuble il va peut-être se passer quelque chose, peut-être que quelqu’un va sortir (…) Je me sentais en sécurité dans ma cuisine (…) Et puis de toute façon ce n’était pas quelque chose qui paraissait (inaudible). Je me sentais bien. J’attendais et puis alors à un moment disons qu’il y a eu un bruit sonore, il est passé des points lumineux, des traits qui allaient vers l’entrée du parking et c’est là que cet être était entré sur le parking. Il faisait beaucoup de bruit, et alors à ce moment là il s’est arrêté à ce signal et il a mis sa main devant sa bouche, et il m’a dit taisez-vous, dites-rien, taisez-vous dites-rien…
 
C. D: En français ?
 
M-J: Non. Télépathiquement. Je recevais ça par télépathie, mais oui, si vous voulez c’était en français.
 
C. D: C’est-à-dire qu’il n’a pas articulé, aucun son n’est sorti mais vous avez tout compris ?
 
M-J: Non, non, non, non, non, c’était par télépathie. Alors j’ai continué à regarder et il y a quelqu’un qui est entré sur le parking, qui est passé à côté comme si elle ne le voyait pas. Elle a tourné au bout de l’immeuble, mais j’avais l’impression qu’elle ne voyait absolument rien de ce qui se passait.
 
(Transcription du témoignage non encore terminée par moi. Je résume provisoirement le propos du témoin : MJ affirme qu’au moment où elle allait demander à sa voisine si elle voyait l’OVNI et l’humanoïde, celui-ci lui demande de se taire en lui demandant de faire « chut ». Elle ne dit rien et sa voisine rentre chez elle comme si de rien n’était).


III. Une réalité sélectivement augmentée
 
De ce témoignage, on peut tirer les constats suivants :
 
a- Le témoin (MJ) voit un engin et un humanoïde en sortir
b- Mais sa voisine (V) ne le voit pas
c- La manifestation est élective, ce qui signifie que le témoin a été choisi pour faire cette observation.
 
Deux réalités se superposent, au même moment, au même endroit :
 
A= ce que perçoit Marie-Josèphe (MJ), l’OVNI et l’humanoïde
B= ce que perçoit la voisine : scène sans OVNI ni humanoïde


Dans le modèle que nous proposons cela signifie que ce que voit MJ est bien physiquement réel (objectif) et pourtant n’existe que pour elle (comme dans le cas d’une hallucination). Pour elle, la réalité est comme augmentée, car ce qu’elle perçoit est issu d’une décharge d’informations, dans sa conscience, qui matérialise pour elle, l’OVNI et l’humanoïde. Ceux-ci sont bien réels, tangibles, matériels, mais uniquement pour elle.

Ce qu’il y a de remarquable concerne donc le fait qu’au même moment et au même endroit (identité de lieu et de temps) on a deux versions  différentes de la réalité :

a) la version avec le vaisseau et l’humanoïde, que MJ perçoit réellement.
b) la version sans le vaisseau ni l’humanoïde pour V.
c) Plus remarquable encore : ces deux versions  sont « synchrones », ce qui signifie que tout en étant dans l’une des deux versions différentes de la situation (celle avec l’OVNI)  MJ est capable de voir V et V est capable de voir MJ, comme si deux scène différentes se superposaient, l’une étant une situation « augmentée » (celle avec l’OVNI) par rapport à l’autre (celle sans l’OVNI).

Comment cela est-il possible et pensable ? La seule solution nous paraît être celle qui consiste à faire de l’observation de MJ le fruit d’une connexion, une connexion exclusive et donc sélective entre une conscience exogène et la conscience du témoin (MJ). C’est en ce sens que l’on peut parler, pour le témoin,  d’hallucination objective, car tout se joue dans sa conscience et dans le monde physique également.


Ici, la perception perd son caractère habituel : habituellement les perceptions sont universelles (tout le monde doit pouvoir voir ce que je vois). Mais dans ce cas, la perception devient singulière. Elle perd son caractère habituel d’universalité.

IV. Sélectivité et niveau de brouillage
 
Pour que l’hallucination objective soit perçue comme telle, reconnue et donc déjouée, il aurait fallu que MJ se mette à crier ou interpelle sa voisine en lui parlant de l’OVNI, ce que le prétendu humanoïde empêche justement MJ de faire. Si ce silence n’avait pas été imposé, MJ aurait compris qu’elle seule percevait la scène de l’ET (puisque sa voisine lui aurait dit qu’elle ne voyait rien) et un niveau de brouillage serait alors tombé.
 
Cela signifie que nous aurions rapidement compris que le phénomène est, ici, simultanément psychique et physique. Nous commençons à le comprendre aujourd’hui, mais dans ce cas précis, les intelligences à l’œuvre derrière cette manifestation ont fait le nécessaire pour que nous ne soyons pas mis sur cette piste d’où, à mon sens, le silence imposé au témoin.
 
Dans les rencontres rapprochées les plus connues, on ne trouve en effet aucun indice pour comprendre que ce que voit le témoin, il est le seul à le voir et qu’il fait l’objet d’un processus électif. Généralement, le témoin voit un humanoïde bizarre, et s’il arrive au témoin  de demander à ce dernier de l’attendre pendant qu’il va chercher une autre personne, quand le témoin revient avec celle-ci, l’humanoïde a mystérieusement disparu ainsi que son « engin ». Il s’est comme…volatilisé. Dans ce cas, le brouillage a parfaitement fonctionné car il est alors impossible de réaliser que la RR3 a été une hallucination objective, n’existant psychiquement et physiquement (matériellement) que pour un seul témoin.

Philippe Solal