Ovnis-Direct
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OVNIS : la guerre de la conscience


EN EXCLUSIVITE pour OVNIS-DIRECT par Philippe SOLAL, Professeur Agrégé de Philosophie

I. Le matérialisme des neurosciences

Le titre de cet article reprend celui d’une conférence Tedx (Whitechapel), donnée le 12 janvier 2013 par l’écrivain britannique Graham Hancock, conférence intitulée « La guerre de la conscience » (« The War on Consciousness »), entendue comme une guerre contre la conscience. Le propos qui y est développé est admirable, il touche du doigt la nouvelle interprétation du phénomène OVNI que je développe avec les auteurs de l’ouvrage Ovnis et Conscience, et comme on pouvait s’y attendre, la vidéo de cette intervention  fut ensuite bannie de la chaine des Tedx, car jugée bien trop subversive par rapport à la science officielle matérialiste.


C’est désormais sur le terrain des neurosciences que va se jouer l’avenir de la recherche ufologique et non plus sur celui de la physique. Les physiciens étaient autrefois au premier plan dans le débat permettant de savoir si les évolutions aériennes des OVNIS pouvaient donner lieu à une explication d’ordre physique, et ce débat incluait la cosmologie et la structure globale de l’univers. Les sceptiques ne peuvent plus trop faire confiance à la physique pour défendre leur position depuis que celle-ci a révélé toute l’étrangeté du monde quantique et sa propension à nous faire dangereusement penché du côté de la conscience. Le radeau n’est pas assez solide. Désormais, c’est le terrain des neurosciences et des sciences cognitives que ceux-ci investissent pour contester l’existence même de la conscience et en stigmatiser les errements par le recours à un réductionnisme massif. Cap, toute voile levée, vers le cerveau. 

On nous explique désormais que tous les témoignages d’OVNIS reposent sur un mécanisme cérébral qui génère des faux souvenirs dans le présent. Les rencontres rapprochées ? Des hallucinations liées aux paralysies du sommeil, vu que, comme chacun sait, c’est vers 6h du matin que les RR3 se produisent le plus fréquemment et que c’est aussi à cette heure que se produisent en majorité de telles paralysies. Les NDE ? Une molécule dans le cerveau dont l’excitation, selon des conditions spécifiques, produit une vision hallucinatoire, toujours identique, avec tunnel, lumière blanche etc. On pourrait même, parait-il, en provoquer sur commande !

Mais il y a plus : la conscience n’existe pas.  Les neurosciences nous disent que tout est cérébral, matériel. Grâce aux IRM et autres moyens technologiques dont la science s’est dotée, on a expliqué ce qu’est la conscience : un « espace de travail global », comme l’écrit Stanislas Dehaene dans son ouvrage très remarqué, Le Code de la conscience. Celui-ci a pu distinguer par résonance magnétique fonctionnelle les territoires du cortex cérébral mobilisés par un traitement conscient et non conscient de l’information. Quand, nous dit-il, le sujet traite un stimulus visuel, un mot, de façon non consciente, seules quelques aires, essentiellement postérieures, « s'allument ». Au contraire, quand il y a accès à l'espace conscient, les territoires corticaux mis en activité sont beaucoup plus vastes et incluent en priorité le cortex frontal.

Les travaux de Stanislas Dahaene sont d’une remarquable précision et il faudrait être sot pour ne pas en saluer la valeur.  Ils se situent dans la cadre de l’approche matérialiste de la conscience comme l’ont fait avant lui Jean-Pierre Changeux (L’homme neuronal) ou plus récemment François Anceau (Vers une étude objective de la conscience) et bien d’autres avec eux.  Là où se situe la contestation, de nature philosophique, concerne les conclusions auxquelles aboutissent leurs travaux respectifs : le réductionnisme de la conscience à des fonctions cérébrales, c’est-à-dire la naturalisation de la conscience.  On confond ici la perception consciente et la conscience, le traitement de l’information par le cerveau (qu’il soit global, séquentiel ou hyper-parallèle) et la saisie conjointe du monde extérieur et de sa propre identité par la conscience. La conscience est une connaissance immédiate irréductible à toute modélisation à partir des concepts issus de l’univers de l’intelligence artificielle, car elle transcende toute description en termes de schéma fonctionnel. 

Stanislas Dehaene, dans la vidéo suivante, se réfère de manière très pertinente, à Descartes et à sa théorie des animaux-machines :


Pour Descartes, les animaux n’ont pas de conscience, ce sont des machines, semblables en tous points à des automates, dont les actions et réactions comportementales obéissent à un mécanisme. Mais Descartes rejette ce réductionnisme pour l’homme, qu’il dote d’une conscience non réductible au mécanisme et à la matière. La conscience appartient à une autre « substance » que la matière et qu’il nomme l’âme. Descartes s’appuie sur la « flexibilité » constitutive de la capacité de verbalisation de l’homme, autrement dit sur le langage et la pensée libre qu’il révèle, irréductible au nécessitarisme d’un pur mécanisme. Or Dehaene, ici, nous annonce triomphalement que cette flexibilité dans la verbalisation est enfin « réduite » par les neurosciences, grâce à un repérage précis des mécanismes qui interviennent dans la verbalisation humaine, et aux aires cérébrales sollicitées par elles. Avec un sourire béat, il nous annonce que nous sommes, nous aussi, des animaux-machines, des machines, et qu’enfin le dernier territoire non encore annexé par le matérialisme scientifique, l’est enfin. Quelle victoire !


Nous ne sommes plus seulement des « machines désirantes » (comme l’écrivait Gilles Deleuze) mais aussi désormais des « machines pensantes », des ordinateurs sur pattes mais faits de chair et de sang. Nous sommes désormais « de la viande » comme le dit Graham Hancock dans la vidéo donnée plus haut.  Exit la spiritualité, fini le Bouddhisme, terminé la transcendance. Les NDE ? Des Hallucinations. Les expériences shamaniques ? Un dérèglement du cerveau. La vie de l’esprit ? Une computation, etc.

Philippe Guillemant a tout à fait raison d’écrire que cette voie nous conduit tout droit au transhumanisme, forme d’étape ultime de l’asservissement de l’homme par le matérialisme scientifique qui règne en maître et sans partage depuis la fin du XIXe siècle.  Ce matérialisme est à la Connaissance ce que le matérialisme dialectique fut à l’action et à la politique : un totalitarisme et une source d’oppression. Il a « désenchanté » le monde, en le vidant de toute spiritualité, de tout sens, de toute liberté.

J’ose à peine imaginer la tête d’un Stanislas Dehaene, couvert d’honneurs et de toutes les distinctions officielles qu’on peut imaginer depuis 1999, si on lui signalait que certains essaient de réenchanter le monde à partir de l’étude du phénomène OVNI. Il se gondolerait de rire, avec toute la suffisance qui est celle de la science matérialiste officielle, oublieuse du fait que ses principaux pères fondateurs, Descartes, Leibniz, Newton, étaient tous dualistes et donc spiritualistes.

II. Les trois axes

Désormais c’est sur le terrain des neurosciences que la recherche ufologique doit se développer, si tant est qu’il y ait eu jusqu’à présent une recherche ufologique digne de ce nom, je veux dire, une recherche doté d’un cadre théorique cohérent capable de produire des modèles d’explication précis. La physique de l’information et de la conscience n’est qu’une promesse, mais elle pourrait en fournir un, le plus puissant et, à mes yeux, le plus satisfaisant jamais proposé. Si la conscience était « naturalisée » et annexée par le matérialisme scientifique, ce cadre tomberait de lui-même, et le psycho-réductionnisme des sceptiques deviendrait un neuro-réductionnisme. L’enjeu est là, et il nous permet de distinguer désormais trois axes bien différents en ce qui concerne la question des OVNIS :

1. L’axe exobiologique, qui rejette la réalité du phénomène OVNI et se concentre sur la recherche d’exoplanètes habitées et l’écoute de signaux intelligents (programme SETI). Cette recherche subit le fameux « paradoxe » de Fermi (silence radio sur toute la ligne) et, selon moi, ils vont pouvoir attendre longtemps un signal.

2. L’axe « ufologie interplanétaire » (aussi appelée « tôle et boulon ») qui repose sur une méconnaissance de l’étrangeté du phénomène et sur la variété de ses manifestations (polymorphisme). Cette méconnaissance est due au phénomène lui-même qui, comme l’écrivait Carl Jung, entretient un « mythe moderne », celui du vaisseau spatial venant nous visiter d’outre-espace. Cette voie est bouchée car elle tombe « dans le panneau » du simulacre, qui sollicite et flatte notre rêve de conquête spatiale par la technologie.

3. L’axe d’une ufologie spiritualiste, qui est celui que je défends, dans la lignée d’auteurs comme Keel ou Aimé Michel, qui avaient compris, sans être eux-mêmes compris car trop en avance, que le phénomène nous met devant les yeux nos propres fantasmes (monstres, cryptides) et nos propres rêves (merveilleuses soucoupes, êtres angéliques, etc.).  Ces auteurs avaient compris que nous poursuivons nos propres chimères mais que derrière ce théâtre d’ombres, se révèle un univers des consciences, une noosphère, l’univers réel, où toute communication et toute matérialisation utilise le canal de la conscience et le jeu sur l’information. On comprend pourquoi il devient dès lors stratégique pour les sceptiques de couper court aux recherches sur la conscience en affirmant que seule la matière existe et que la conscience n’existe pas.

III. Conclusion

Pour terminer je voudrais revenir sur ces deux personnalités : Hancock et Dehaene. L’un parle de notre liberté, l’autre formalise notre asservissement.  Le premier est banni des TedX, le second est couvert d’honneurs. La statue de la connaissance humaine, qui a la tête a l’envers, aura décidément bien du mal à être remise à l’endroit. Et pourtant, quand nous serons des milliers, des millions à dire et à penser comme Graham Hancock, dans la vidéo signalée en ce début de cet article,  nous commencerons à mettre fin à l'imposture du matérialisme scientifique et un palier de conscience aura été franchi.

Philippe Solal