Kundalini et "Petits Mystères"

Dossier de Daniel Robin

1) Kundalini : un concept oriental adopté par les occidentaux


La Kundalini est une force mystérieuse cachée à l’intérieur de l’être humain et qui est aujourd’hui bien connue des occidentaux. S’ils n’en ont bien souvent qu’une idée très superficielle et approximative, il n’en demeure pas moins que depuis le succès de disciplines comme le yoga, de nombreux concepts orientaux se sont « démocratisés » si je puis dire, et sont même tombés dans le langage courant. Celui de Kundalini, s’il n’a pas connu la même fortune que le mot « zen », amalgamé à tout ce qui touche de près ou de loin à la « relaxation » et au bien être, en est cependant un bon exemple. De nombreux pratiquant du yoga, à travers les écoles de Kundalini Yoga, font référence à la force de la Kundalini et cherchent à l’éveiller. Dans ce dossier, nous allons montrer quels rapprochements il est possible d’établir entre l’éveil de la Kundalini d’une part, et ce qui est désigné en occident comme une étape du processus initiatique, les « Petits Mystères », d’autres part. Nous verrons que le symbole du caducée et la tradition hermétique permettent ce rapprochement, et que, aussi bien en orient qu’en occident, il s’agit d’opérer une alchimie intérieure humaine qui est véritablement la clef de la réalisation des « Petite Mystères ». Nous n’avons pas la prétention de traiter, ici, de façon exhaustive, le sujet de la Kundalini, ni celui des « Petits Mystères ». Notre approche se veut uniquement comparative, et elle se limitera au rappel de quelques points clés concernant ces deux sujets.

2) L’Homme le « médiateur »


Selon les doctrines traditionnelles, l’homme est un être qui occupe une situation spéciale et même privilégiée dans notre Univers. Ce privilège vient du fait qu’il est situé entre le Ciel et la Terre, entre le Bien et le Mal, entre l’Esprit et la Matière, entre l’Ange et la Bête. De fait, l’Homme se trouve au centre de plusieurs pôles opposés qu’il doit « résoudre », ou tout au moins chercher à équilibrer. Son « rôle » et sa « mission » sur Terre en quelque sorte, est de trouver (ou de tenter de trouver) un équilibre entre ces pôles et ces forces contraires. Il faut d’ailleurs noter à cet égard que le caducée, dont nous allons parler plus loin, est un symbole d’harmonie et de « paix ». Situé entre le Ciel et la Terre, nous pouvons dire que l’être humain occupe une position centrale dans la création, mais qu’il représente aussi le point de jonction de forces qui, à son niveau, paraissent antagoniques. Je dis bien « à son niveau », car dans l’absolu ces forces se résolvent dans l’unité. Trouver un équilibre entre le Ciel et la Terre, le Mal et le Bien, l’Esprit et la Matière, cela revient aussi à dire que l’Homme doit trouver le moyen de faire descendre l’Esprit dans la Matière et aussi de faire monter la Matière vers l’Esprit. Son « travail » sur la Terre est de spiritualiser la Matière ou de matérialiser l’Esprit. De ce point de vue, l’Homme a un rôle tout à fait particulier à jouer dans la création. Il est l’intermédiaire entre le Ciel et le Terre, entre l’Esprit et la Matière. Il joue donc un rôle de « médiateur ». Vu sous cet angle, l’Homme est très proche du dieu grec Hermès, le messager des dieux et le guide des âmes après la mort. Hermès porteur du caducée est lui aussi situé entre le Ciel et la Terre, et il occupe donc une position centrale et médiane. Hermès est un principe de transition entre deux mondes.

Ci-dessus : Mercure (Hermès) créant le caducée par Henri Chapu, musée d’Orsay. Le caducée, un bâton (ou une baguette) autour duquel s’enroulent deux serpents, est l’un des attributs d’Hermès. Fils de Zeus et de la nymphe Maia, il serait né en Arcadie. Un jour, Hermès voulut séparer deux serpents en lutte (symbole du chaos), mais ceux-ci s’enroulèrent autour de la baguette en or et formèrent le caducée (symbole de l’harmonie et de la maîtrise).

Notons qu’Hermès est un dieu civilisateur. Il aide les trois Parques à composer l’alphabet. Il invente l’échelle musicale, la lyre à sept cordes, la musique et la danse. Il fonde aussi l’astronomie, les poids et les mesures. Il est le maître de la rapidité et de la précision du geste, et en raison de cette faculté, il est considéré comme le maître de l’artisanat. Il trace les routes et les chemins, et il invente les tas de pierres qui balisent les routes (herma = tas de cailloux disposés à intervalle régulier comme étant des indicateurs des routes et des frontières). Hermès est un dieu à caractères multiples. Il est le dieu protecteur des bergers, et c’est la raison pour laquelle il est fréquemment présenté en criophore (« porteur de bélier »), c’est-à- dire portant un agneau sur ses épaules. Hermès et aussi le dieu protecteur des voyageurs, des navigateurs, des commerçants ; dieu des échanges et du contrat, mais il est aussi le dieu des voleurs, de la ruse et de la tromperie. Il est un brouilleur de piste et un brigand. Il est donc à la fois organisateur et désorganisateur de la structure sociale. Hermès est le conducteur des âmes aux Enfers (Hadès), et le messager des dieux. Hermès est donc un dieu psychopompe, un « guide des âmes », et à ce titre il est le conducteur des âmes des morts (guide ou passeur). Ces deux fonctions de messager des Dieux et de psychopompe pourraient, astrologiquement, être rapportées respectivement à un aspect diurne et à un aspect nocturne. On peut aussi y trouver la correspondance des deux courants descendant et ascendant que symbolisent les deux serpents du caducée (Guénon). Ses fonctions de passeur et de messager font d’Hermès un médiateur, nous dirions aujourd’hui un « relais », entre le monde des hommes et celui des dieux. C’est Hermès qui donna le don de parole à Pandore (« tous les dons ») la première femme (L’Eve biblique). Situé dans le monde intermédiaire, Hermès assume la fonction de relier (unir, harmoniser) la Terre au Ciel, d’unifier la Matière et l’Esprit. Son métal et sa planète sont Mercure. Unifiant les « trois mondes », la Terre, le Ciel, et les mondes intermédiaire, Hermès est aussi appelé le Trismégiste, ou « trois fois grand ». Hermès Trismégiste serait l’auteur de la fameuse « Table d’Emeraude » qui expose l’analogie entre le microcosme humain et le macrocosme cosmique, donnant ainsi la « méthode » pour unir le Ciel et la Terre.

Ci-dessous : l’être humain est situé entre le Ciel (actif, masculin), symbolisé par un cercle (perfection, dynamisme), et la Terre (passive, féminin) symbolisée par le carré (stabilité, statisme). Dans la Franc-Maçonnerie, il est dit que le Maître Maçon est situé entre le compas qui sert à tracer le cercle (Ciel), et l’équerre, qui sert à tracer le carré (Terre). L’Homme est entre le Haut et le Bas, entre la Matière et Esprit, entre le subtil et l’épais (alchimie). Il participe des deux niveaux de réalité et il forme en lui-même un troisième niveau où s’opère la jonction des deux niveaux opposés (Ciel et Terre). La jonction est symbolisée par la croix (+). La croix est le symbole de l’Homme Universel, à l’intérieur duquel s’effectuent les deux mouvements de la descente de l’Eprit vers la Terre, et de la montée de la Terre vers l’Esprit. Le Christ en croix est le symbole de l’Homme Universel qui incarne ces deux mouvements. En ce sens l’Homme est bien le médiateur entre le Ciel et la Terre. Un rapprochement doit être fait avec le Sceau de Salomon (ci-dessous) qui représente l’« Homme Universel ». En effet, dans cette figure qui montre deux triangles qui s’entrecroisent, le triangle droit du haut symbolise le Ciel (pointe en haut), et le triangle inversé du bas symbolise la Terre (pointe en bas). Le symbole du Mercure (Mercure alchimique et Philosophique et non pas métallique) au centre de la figure, marque bien le sens à donner au Sceau de Salomon : l’ « Homme Mercuriel » est le Principe qui unit le Ciel et la Terre.

Ci-dessus : le schéma symbolique de l’homme représenté entre le Ciel et la Terre. Ce symbole est attribué à Mencius (Mèng Zi), penseur chinois qui vécu quatre siècles avant notre ère. La tradition taoïste place l’Homme entre le Ciel et la Terre. La voie du « juste milieu » consiste à trouver sa place idéale qui est située juste entre les deux extrêmes. Le trait placé au centre du symbole représente la « voie du juste milieu » qui est l’équilibre à trouver entre les deux pôles.

3) Des épreuves à la mesure de son statut.


L’homme actuel est inachevé. Nous vivons dans un état relatif symbolisé par le caducée d’Hermès et le processus de montée de la kundalini. Ce mode d’existence relatif est celui du monde intermédiaire, du monde subtil, de l’âme ou Mercure (Hermès). Nous sommes la plupart du temps « endormis », prisonniers d’un état de somnolence dont nous ne sommes pas conscients. Nous vivons comme dans un « rêve » éveillé, et nous ne vivons pas dans la « vraie réalité ». Notre vie ressemble à une « illusion », à une sorte de « mauvais film », dont nous ne voyons pas très bien comment nous pouvons en sortir. Bien qu’occupant une situation centrale, et toutes les traditions spirituelles reconnaissent que c’est une position privilégiée, exceptionnelle même, l’Homme n’en est pas moins aussi dans une situation « compliquée » et même « délicate » à plus d’un titre. Bien qu’enviable, la place de l’Homme dans le Cosmos et aussi une source d’ « ennuis » et de « désagréments », qui font de sa vie une véritable « épreuve ». Il doit, en effet, faire face à de nombreuses difficultés, qu’il a cependant la capacité de résoudre précisément en raison de son statut particulier. Nous pouvons même dire que s’il n’avait pas ce pouvoir de résolution, les difficultés inhérentes à sa condition ne lui auraient pas été « imposées ». L’Homme est donc doté de toutes les ressources intérieures nécessaires pour faire face aux difficultés qui se présentent à lui. Toutes les difficultés propres à la condition humaine proviennent du fait que l’être humain occupe une situation intermédiaire et relative. Nous pouvons même dire qu’il est placé entre deux « absolus » :
l’ « absolu » du Ciel et l’ « absolu » de la Terre. La Terre est un « absolu » matériel, et le Ciel un « absolu » spirituel. En ce sens, la Terre est comme le reflet inversé du Ciel. La Terre est le reflet de l’ « absolu » du Ciel. La Terre c’est la Terre, le Ciel c’est le Ciel, mais l’Homme est à la fois Terre et Ciel, Matière et Esprit, épais et subtil. Il est donc facile de comprendre combien notre condition d’Homme exige de nous de très grands efforts pour concilier et harmoniser deux pôles qui semblent opposés, mais qui dans le fond ne forment qu’un Tout.

4) L’Homme est un « lieu » où circulent les énergies


Plus que le siège de luttes et de combats incessants, l’« espace humain » est plutôt un « lieu » d’échange et de circulation d’énergies entre des pôles contraires. En lui, toutes les énergies de l’Univers sont en quelque sorte « convoquées ». En lui, ces forces peuvent s’y rencontrer, s’y confronter, s’y opposer, s’y combiner, s’y compléter, et peuvent même s’y harmoniser. De ce point de vue, l’Homme est un véritable « creuset », une sorte de « four cosmique » dans lequel peut s’opérer de puissantes et terribles transmutations (Alchimie intérieure humaine). Nous pouvons même dire que sans lui, tout ce « travail » énergétique ne pourrait pas se faire. Sans lui, la rencontre des pôles serait impossible. Il en est le lieu et la condition, car il a un rôle essentiel de médiateur. Il doit assumer ce statut et en tirer toutes les conséquences. Grâce à lui, le Ciel est relié à la Terre, et la Terre est reliée au Ciel. En lui, se réalise la « Grande Conjonction ». C’est pour cette raison que la condition humaine est à la fois douloureuse, mais aussi « héroïque ». Dans l’Homme doit en effet s’opérer la « Grande Réconciliation », l’union parfaite entre le Ciel et la Terre. 

5) « Initiation hermétique ».


Dans le domaine initiatique, il faut distinguer deux types généraux d’initiation : l’initiation aux « Petits Mystères » ou « Initiation Royale », Alchimique, Hermétique, et l’initiation aux « Grands Mystères » ou « Initiation Sacerdotale ». Ces deux types généraux ne sont pas des initiations différentes, mais les deux stades (ou les degrés) principaux d’un même processus initiatique global. Les « Petits Mystères » comprennent tout ce qui se rapporte au développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité. Ils aboutissent à la perfection de l’état humain, c’est-à-dire à ce qui est désigné traditionnellement comme la restauration de l’état primordial ou édénique (ADAM). Les « Grands Mystères » concernent proprement la réalisation des états supra-humains. Prenant l’être au point où l’ont laissé les « Petits Mystères », et qui est le centre du domaine de l’individualité humaine, les « Grands Mystères » le conduisent au-delà de ce domaine, et à travers les états supra-individuels, mais encore conditionnés, jusqu’à l’état inconditionné qui le seul est véritable but et qui est désigné comme la « Délivrance finale » ou comme l’ « Identité Suprême » (Guénon). Si nous rapportons cette distinction à ce qui a été dit précédemment sur l’union du Ciel et de la Terre dans l’Homme, il apparaît que la réalisation de cette unité réalisée dans une individualité humaine correspond à la réalisation des « Petits Mystères ». Après être parvenu au point central de l’état humain qui est l’unité dans l’Homme, le processus initiatique se poursuit en suivant l’axe qui s’élève à partir de ce point vers des états supra-humains.

6) Le caducée.


Nous pouvons alors mieux comprendre la profonde symbolique du caducée. Le caducée se rapporte essentiellement et directement à ce qu’on peut appeler l’ « alchimie humaine » qui concerne les possibilités de l’état subtil, même si celles-ci ne doivent être prises que comme le moyen préparatoire d’une réalisation supérieure (Guénon). Attribut d’Hermès, il symbolise le processus alchimique intérieur et la maîtrise des énergies descendantes et montantes. D’un certain point de vue, il représente cette tentative héroïque d’unir deux forces opposées représentées par les deux serpents autour d’un axe central directeur. Le caducée montre comment circulent les énergies à l’intérieur de l’« espace humain » (corps, âme, esprit). Il est en quelque sorte le schéma simplifié de cette circulation qui s’effectuent dans les çakras et dans les trois principaux canaux subtils (les trois nadis : Sushumna, Pingala, Ida). Nous pouvons même dire que le caducée symbolise la réussite de cette « Grande Conjonction » et de cette « Grande Réconciliation » dans le creuset humain. Il montre que les énergies contraires sont enfin maîtrisées, harmonisées, et même utilisées dans le but d’accomplir une tâche plus élevée. L’Homme/Hermès porteur du caducée à pour vocation de réaliser en lui cette symbiose parfaite entre toutes les énergies. Mais le problème est que cette « concorde » énergétique ne se fait pas d’emblée. Elle n’est pas réalisée dès que nous naissons. Pour la grande majorité des êtres humains, elle est le résultat d’un long et difficile « travail » sur soi (Alchimie humaine intérieure) qui peut durer toute une vie, et même le plus souvent plusieurs vies successives.

Chakras, Kundalini, Caducee

Ci-dessus : à gauche, la colonne vertébrale de l’être humain et la position des sept chakras (ou çakras.) Au centre, le caducée, et à droite la superposition des sept çakras au caducée.
 

7) Nadis et serpents du caducée


Le fameux caducée d’Hermès est composé d’un axe central, un « bâton » ou une baguette en or selon la légende, équivalent de la nadi centrale autour de la quelle s’entrelacent les deux autres nadis. Dans la tradition hindoue, une nadi est un canal d’énergie (ce n’est ni un nerf, ni un canal sanguin). Les nadis sont des sortes de lignes de direction que suivent les forces vitales. Il y en a trois principales qui prennent source dans le çakra racine (Muladhara) et montent le long de la colonne vertébrale passent par le sommet du crâne, et se terminent aux narines. L’entrelacement des deux nadis se fait exactement de la même façon que les deux serpents du caducée. La nadi centrale porte le nom de sushumna. Elle est « située » à l’intérieur de l’axe cérébro-spinal, s’étendant jusqu’à l’orifice qui correspond à la « couronne de la tête ». C’est sur le parcours de sushumna, et même plus exactement à son intérieur (car elle est décrite comme renfermant deux autres canaux concentrique et plus ténus, appelés vajrâ et chitrâ), que sont placés les centres ou çakras. La nadi centrale est de couleur blanche, et elle est neutre. Elle a l’éclat du diamant et elle est comparée à la « Rivière du Paradis ». Les deux « serpents » s’enroulant autour du « bâton » sont les nadis, ou canaux subtils, de Pingala et Ida. La nadi Pingala qui circule à droite est masculin et solaire, de signe positif et créateur. Pingala est de couleur rouge, et brille comme le Soleil. Elle est liée au matériel et à la raison, son énergie est chaude. Elle est en relation avec les éléments feu et air. Ida qui circule à gauche est de nature féminine et lunaire, de signe négatif et réceptif. Ida est de couleur jaune. Elle diffuse une lumière semblable à celle de la Lune. Elle est liée au spirituel et à l’intuition. Son énergie est froide. Elle est liée aux éléments terre et eau. La fonction des nadis est d’assurer la circulation du Prana dans le corps. 

Ci-dessus à gauche : la légende dit que lorsque le Bouddha entreprit d’accéder à l’Eveil définitif, il resta de longues semaines en méditation dans bouger. Mais soudain vint la pluie et un orage violent et froid qui mit en péril sa réalisation de l’Eveil. Alors, du fond des « eaux », sortit le cobra Naga Mucilinda (divinité et roi des Nagas), qui enroula ses anneaux sous le corps du Bouddha et déploya ses capuchons heptacéphales (à sept têtes) en éventail au-dessus de lui pour le protéger de la pluie durant tout le temps que dura l’orage. Ci-dessus à droite : Dans l’antiquité égyptienne, l’uræus est le cobra femelle qui a pour fonction de protéger le pharaon contre ses ennemis. C’est aussi une puissante déesse incarnée par Ouadjet. Dans la mythologie égyptienne, l’uræus est l’°il de Rê (troisième °il). On le trouve représenté sur la coiffe des pharaons dont il est l’un des attributs. Les cobras qui protègent le Bouddha et le Pharaon ne sont pas des serpents ordinaires. Ils sont au contraire le symbole de l’énergie fondamentale appelée « serpent des profondeurs ». Il est remarquable que ce soit un serpent à sept têtes qui permette au Bouddha d’obtenir son Eveil total. Les sept têtes du cobra sont à rapprocher des sept çakras.

Ci-dessus : les chakras, ou çakras, sont des centres subtils localisés dans certaines régions du corps humain. Ces localisations corporelles ne sont d’ailleurs que des correspondances entre différents niveaux de réalité ou de manifestation. Ceci signifie que les chakras n’ont pas de consistance matérielle. Ils n’ont pas de réalité physique au sens matérialiste de l’expression. Les chakras sont au nombre de sept, mais il serait plus juste de dire qu’ils sont au nombre de six, car le septième centre de conscience, Sahasrara ou « lotus aux mille pétales », se rapporte à un état qui est au-delà de l’individualité, donc au-delà des différents centres de conscience humain. Les chakras sont disposés selon un axe vertical qui correspond à celui de la colonne vertébrale. En partant du bas vers le haut, nous avons : Muladhara ou « chakra racine » situé à la base de la colonne vertébrale dans le région du pelvis, Swadhishthana ou « chakra sacré » situé dans la région du nombril, Manipura ou chakra du « plexus solaire » situé dans la région de l’estomac, Anahata ou « chakra du c°ur » situé dans la région cardiaque, Vishuddha ou « chakra de la gorge » situé dans la région antérieure du cou, Ajna ou « chakra du troisième °il » situé entre les deux yeux (chiasme optique), et enfin, situé au sommet de la tête (fontanelle), le centre Sahasrara ou « chakra » coronal. Il importe de noter que les çakras étant localisés à l’intérieur de la colonne vertébrale, ils ne peuvent en aucun être assimilés à des centres nerveux ou à des plexus. C’est donc une erreur, par exemple, d’assimiler purement et simplement Manipura au « plexus solaire ». Les sept çakras ne sont pas seulement des centres d’énergie, se sont aussi sept « corps subtils », sept niveaux différents de vibration, sept niveaux de conscience, sept plans de réalité, sept « couches » situées entre la matière et l’Esprit, sept degrés de réalisation, sept potentialités de la nature humaine, sept « mondes », sept divinités, sept niveaux de perception et de manifestation. A noter aussi les étonnantes correspondances avec l’Apocalypse de Jean qui est le dernier livre du Nouveau Testament. En effet, dans ce texte qui est une « révélation », Jean s’adresse aux sept églises d’Asie. Il invoque les sept esprits présents devant le trône. Il voit sept candélabres d’or entourant le fils de l’Homme. Il décrit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite et marche au milieu des sept candélabres d’or. Il évoque celui qui possède les sept esprits de Dieu et les sept étoiles, les « 24 vieillards » couronnés tandis que devant le trône sont sept langues de feu et sept esprits de Dieu. Devant le trône aux quatre vivants se trouve un agneau égorgé portant sept cornes et sept yeux. L’Agneau brise les sept sceaux, et à la rupture du septième sceau, règne un silence d’une demi-heure alors que sept anges et sept trompettes se font entendre. Les sept tonnerres font entendre leurs voix, sept anges portent sept fléaux, on leur remet sept coupes en or. On y trouve les sept coups de la colère de Dieu. La « prostituée » Babylone est assise sur une bête écarlate portant sept têtes et dix cornes. Les sept têtes sont les sept collines sur lesquelles elle s’est assise. Nous devons aussi évoquer la correspondance des sept çakras avec les « sept cieux » chers à l’Islam, les sept planètes, et les sept métaux alchimiques. « Les Noces Chymiques » de Christian Rosenkreutz (Strasbourg1616), un des textes fondateurs de la Rose+Croix durent sept jours, et peuvent être rapprochées des sept étapes du Grand ¯uvre alchimique : 1° Trouver la terre minérale (minerai de fer et d’antimoine), 2° Préparer le « feu secret » (ce n’est pas un feu matériel), 3° Séparer l’Esprit du corps (le subtil de l’épais), 4° Réunir à nouveau le subtil et l’épais (noces alchimiques), 5° Cuisson, 6° Humidification, 7° Multiplication. Comme l’enseigne la loi de correspondance hermétique entre le microcosme et le macrocosme, chacun des sept çakras est en relation avec sept « univers » macrocosmiques. Par analogie avec le plan physique matériel, chacun de ces sept « univers » a ses lois spécifiques, ses dimensions et ses particularités propres. Quand un être humain traverse un çakra, il pénètre aussi dans un « univers ». Quand il arrive dans cet « univers » il se trouve doté d’organes de perception et de facultés qui lui permettent de se mouvoir dans cet « univers ». Traverser un çakra c’est donc aussi réaliser une potentialité incluse dans l’Homme, et donc le doter de facultés nouvelles qui sont comme de nouveaux « organes » de perception pour sa conscience.

Ci-dessus : représentation de l’Alchimie (Portail central extérieur de Notre-Dame de Paris). L’Alchimie spirituelle montre la voie de l’ascension intérieure composée ici de 9 degrés (les 9 barreaux de l’échelle). Ces 9 degrés correspondent à la réalisation effective des « Petits » et des « Grands Mystères », c’est-à-dire à l’intégralité du chemin initiatique. Chaque barreau représente un niveau de conscience, un niveau de réalité et de réalisation intérieure.

Ci-dessus : la quatrième planche de la Theosophia Practica montrant les centres subtils de l’« homme ténébreux », privé de la « Lumière Originelle », déchu (après la Chute d’Adam). Cette planche qui est un document étonnant, est tirée d’un livre publié en allemand en 1736 et intitulé la Theosophia Practica. Son auteur est Johann Georg Gichtel (14 mars 1638 - 21 janvier 1710). Surnommé le « Théosophe d’Amsterdam », Gichtel était un disciple de Jacob Böhme. En analysant le document, nous voyons que du sommet du crâne jusqu’à la zone génitale, nous comptons sept centres qui occupent exactement la place des sept çakras orientaux. Chaque centre est gouverné par une planète. Ces planètes suivent l’ordre astrologique normal. Cet ordre classe les planètes en partant de la plus lente (Saturne) jusqu’à la plus rapide (la Lune). L’ordre est donc le suivant : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune (ordre qui n’a rien à voir avec l’ordre astronomique normal). Dans chaque centre, nous retrouvons le signe de la planète qui lui correspond. A noter aussi la spirale qui part du c°ur et rejoint le sommet du crâne. Cette spirale est à rapprocher de la forme hélicoïdale adoptée par les deux serpents du caducée. Pour Gichtel, les pouvoirs de l’être humain croissent en proportion de l’éveil de la puissance du « Feu de l’âme » (Kundalini). Le système de Gichtel est une alchimie intérieure comparable sur bien des points à l’éveil de la Kundalini.


Il est aussi possible d’établir une correspondance fructueuse entre les çakras et les Sephiroth de la Kabbale qui est la tradition ésotérique du judaïsme. Comme les çakras, et d’un certain point de vue, les Sephiroth sont des centres subtils situés dans l’être humain. Bien que les Sephiroth de la Kabbale soient au nombre de dix et les çakras au nombre de sept, la correspondance reste cependant parfaite. En effet, dans l’Arbre Sephirotique ou « Arbre de Vie », il y a trois couples placés symétriquement sur les « colonnes » de droite et de gauche : Binah/Chokhmah, Geburah/Chesed, Hod/Netzach. Ces couples ne forment donc que trois centres, et ajoutés à Malkuth, Yesod, Tiphareth et Kether, nous avons bien sept centres majeurs. L’axe central correspond à sushumna et les deux « colonnes » latérales sont en correspondance avec Ida et Pingala. En commençant par le haut, les correspondances suivantes peuvent être établies : Kether (la Couronne) = Sahasrara ou « lotus aux mille pétales », Binah/Chokhmah = Ajna (le « troisième °il » ou « °il de la connaissance »), Geburah/Chesed = Vishuddha, Tiphareth (qui occupe une position centrale) = Anahata ou « chakra du c°ur », Hod/Netzach = Manipura, Yesod = Muladhara, Malkuth (le Royaume) = Swadhishthana (« la propre demeure ») ou « chakra sacré ».

8) Qu’est-ce que la Kundalini ?


La Kundalini est définie comme étant une énergie, mais la nature exacte de cette énergie reste assez mystérieuse. Elle est indifféremment désignée comme étant une « énergie vitale », une « énergie subtile », une « force cosmique », ou une « énergie divine ». Ce qu’il faut retenir c’est que la Kundalini est associée à Shakti dont elle est un aspect, et on utilise même le terme de Kundalini Shakti. Cette association n’est évidemment pas gratuite et permet de comprendre la véritable nature de Kundalini. Dans l’indouisme, le terme Shakti désigne un « pouvoir », une « force », ou une « énergie » de nature féminine et dynamique. Dans le tantrisme la Shakti est directement associée à Kundalini qui est représentée sous la forme d’une déesseserpent. La Kundalini est d’ailleurs figurée par un serpent replié sur lui-même et lové à la base l’os sacrum. A noter que le sacrum est un os impair, médian et symétrique, formé à l’âge adulte par la soudure des cinq vertèbres « sacrées » (ou sacrales). Le sacrum a une forme pyramidale, et sa base est appelée le « promontoire sacré ». Dans l’hindouisme, le mot Shakti s’applique à des réalités différentes et peut donc vouloir dire la puissance, la force, l’énergie, mais aussi le pouvoir divin, la force consciente du Divin, la manifestation d’un pouvoir de la Conscience et de la Force suprêmes (selon Sri Aurobindo), la Mère divine source de tout pouvoir, le Parèdre ou la Puissance de manifestation et d’action d’un Dieu particulier représentée sous la forme d’une Déesse. La nature de Kundalini est décrite comme étant à la fois lumineuse et sonore. La luminosité est considérée comme caractérisant l’état subtil, et le son, ou la vibration, joue un rôle primordial dans le processus cosmogonique. La Kundalini, tant qu’elle demeure dans son état de repos, réside dans le Muladhara Chakra qui est le centre localisé à la base de la colonne vertébrale et qui est aussi la racine des trois principaux nadis (Sushumna, Ida et Pingala). Comme un serpent, Kundalini est enroulée trois fois et demie autour du linga symbolique de Shiva. Nous pouvons noter l’analogie entre les trois tours et demi de l’enroulement de la Kundalini et les trois jours et demi pendant lesquels l’esprit demeure lié au corps après la mort et qui représente le temps nécessaire au « dénouement » de la force vitale demeurée à l’état « non-éveillé » chez l’homme ordinaire (R. Guénon, Kundalini-Yoga).

9) L’éveil de la Kundalini.


Lorsque la Kundalini est « éveillée » par des pratiques appropriées, ou même parfois spontanément (montée « sauvage » de la Kundalini), elle pénètre à l’intérieur de la nadi centrale, Sushumna, et commence son mouvement ascensionnel. En montant suivant l’axe de la colonne vertébrale elle « perce » successivement les différents çakras qui s’épanouissent à son passage. L’éveil de la Kundalini est l’éveil de l’énergie cosmique qui gît latente, en chaque être humain. Cette énergie est la source de tous les pouvoirs, de toute la force, de toutes les formes de vie dont l’être humain est capable. L’éveil de la Kundalini est donc bien l’éveil de toutes les potentialités incluses dans la nature humaine, et l’éclosion totale de toutes ces potentialités permet à l’Homme de retrouver son état édénique ou adamique d’avant la « chute ». L’éveil de cette énergie permet donc la « réintégration » dans un état antérieur à la Chute. L’Homme devient un Homme Primordial, un Adam Kadmon selon la tradition juive, est un être « réintégré » qui possède tous les pouvoirs d’un Homme pleinement réalisé (Un Homme Véritable). Il est parvenu au terme des « Petits Mystères ». L’éveil et l’ascension de la très vibrante Kundalini consiste dans la réintégration progressive des différents niveaux de l’être qui se résorbent les uns dans les autres, un peu à la manière dont les tiges se glissent les unes dans les autres ou à celle des poupées russes, l’une emboîtant l’autre. A chaque étape de la résorption tout se réduit à un point appelé « bindu », d’où irradient des réalités toujours plus vastes à mesure que la kundalini s’élève de centre en centre à travers l’axe médian ou Sushumna. L’expérience de la Kundalini consiste à intérioriser en les harmonisant toutes les énergies de l’être humain pour retrouver le rythme primordial. Cette expérience fait découvrir le passage de la dualité à l’unité (Lilian Silburn). Le rapprochement entre l’éveil de la Kundalini et les « Petits Mystères » est donc parfaitement justifié et donne la clé d’un certain nombre de pratiques alchimiques, entendues dans le sens de pratiques de transformations intérieures. Ces pratiques cherchent à unir ce qui est opposé, à harmoniser et à maîtriser ce qui est chaotique dans l’être humain. Elles visent un retour au centre (le « c°ur »), qui est un retour à l’unité intérieure. Lors de ce processus d’harmonisation, les éléments vils (subtils, psychiques) de l’être humain (le « plomb »), sont transmutés en éléments nobles (l’Or). C’est la transmutation des « métaux » psychiques vils ordinaires, en « métaux » psychiques nobles et spirituels. Ce processus est aussi une descente de l’Esprit dans la matière et une montée de la matière dans l’Esprit. L’Esprit se matérialise en quelque sorte, et la matière se spiritualise. Il y a interpénétration des deux niveaux. Par ailleurs, pour permettre ce double mouvement de descente et de montée, il est nécessaire de « nettoyer » et de « purifier » les canaux par lesquels s’effectuent ces mouvements. Notons aussi, que l’Eveil de la Kundalini ne représente que le début du processus d’Eveil. En effet, lorsque la Kundalini est parvenue à percer tous les çakras du corps humain, de Muladhara (« chakra racine ») à Ajna (« chakra du troisième °il »), la montée de la Kundalini peut encore se poursuivre au-delà de du corps humain. Audessus du dernier çakras localisé au sommet de la tête Sahasrara appelé le « lotus aux mille pétales », il existe d’autres çakras situés hors du corps. Le septième centre de conscience, Sahasrara, se rapporte déjà à un état qui est situé au-delà de l’individualité, donc au-delà des différents centres de conscience humain. A ce niveau, nous sommes dans les états suprahumains et la montée de la Kundalini entame un processus qui correspond aux « Grands Mystères ». A partir de Sahasrara, aussi appelé « la porte de Brahma », l’ascension peut se poursuivre à travers six autres çakras supra-humains. Les six çakras localisés dans le corps peuvent être qualifiés de « çakras terrestres » (niveau humain), ceux situés au-delà correspondent à des « çakras célestes » (plan angéliques). Le maître Sri Aurobindo a aussi évoqué dans l’enseignement de son yoga le « mouvement » de la Kundalini dans les çakras. Ce qui distingue la vision de Sri Aurobindo de la pratique du Kundalini-yoga classique, c’est que le maître de Pondichéry admet la possibilité d’un « mouvement » descendant à travers les çakras à partir d’une force située au-dessus de la tête. Aurobindo nous dit en effet « qu’il y a une force qui accompagne la croissance de la conscience nouvelle et qui à la fois croît avec elle et l’aide à naître et à se parfaire. Cette force est la Shakti du yoga (Yoga-Shakti). Elle est ici repliée et assoupie dans tous les centres (çakras) de notre être intérieur, et elle est, à la base de la colonne vertébrale, ce qu’on appelle dans les Tantras : la Kundalini-Shakti. Mais elle est aussi au-dessus de nous, au-dessus de notre tête, en tant que force divine - et là, elle n’est ni repliée, ni enveloppée, ni assoupie, mais elle est éveillée, consciente et puissante, étendue et vaste ; elle est là, attendant de se manifester, et c’est à cette force - au pouvoir de la Mère - que nous devons nous ouvrir » (Extraits du « Guide du yoga »). Autre particularité du yoga de Sri Aurobindo : « Dans notre yoga, il n’y a pas d’ouverture volontaire des çakras, ils s’ouvrent d’eux-mêmes par la descente de la Force. Dans la discipline tantrique, ils s’ouvrent du bas vers le haut, le Muladhara en premier ; dans notre yoga, ils s’ouvrent (au contraire) du haut vers le bas. Mais l’ascension de la Force à partir du Muladhara à bien lieu ». Sri Aurobindo semble donc envisager un double mouvement croisé et simultané de montée et de descente de deux Forces à travers les çakras. En fait, ce ne sont pas deux forces différentes qui se croisent, mais la même Force (Shakti du yoga) envisagée selon deux points de vue différents. Pour lui, « dans le tantra, les centres son ouverts et la Kundalini est éveillée par un processus spécial. Son action ascendante est ressentie dans la colonne vertébrale ». Mais dans son yoga, « c’est au contraire une pression de la force au-dessus qui éveille la Kundalini et qui ouvre ensuite les çakras. Il y a une ascension de la conscience qui monte jusqu’à ce qu’elle rejoigne la conscience supérieure au-dessus. Cela se répète (parfois, on sent aussi une descente) jusqu’à ce que tous les centres soient ouverts et que la conscience s’élève au-dessus du corps. A un stade ultérieur elle reste au-dessus (états supra-humains), et elle s’élargit pour devenir la Conscience Cosmique et le Moi Universel. Tel est le déroulement habituel, mais quelquefois, le processus est plus rapide, et il y a une ouverture soudaine et définitive audessus. Oui, le but de notre yoga est d’établir un contact direct avec le Divin au-dessus, et de faire descendre la Conscience divine d’en haut dans tous les centres (çakras) » (Extraits des « Lettres sur le yoga »).

10) Eveil de la Kundalini et évolution de l’Humanité.


Marc-Alain Descamps, dans son ouvrage intitulé « L’Eveil de la Kundalini » (Editions Alphée, 2005) considère que « cet antique secret, si bien caché, est maintenant divulgué, car les temps sont venus où ce qui était réservé à une toute petite élite d’initiés, doit être offert à tous. Cela constitue en effet la phase ultime de l’évolution de l’espèce humaine. Elle passe du physique au spirituel par une mutation. Dans les malheurs et les difficultés du kali-yuga, l’âge de fer, la seule chance pour l’Humanité de survivre est de passer à un autre plan de conscience et d’accéder au monde des Dieux par l’éveil de la Kundalini ». Nous savons que René Guénon, dont les textes ont servi de base pour définir les « Petits Mystères », n’acceptait pas les concepts d’évolution et d’évolutionnisme spirituel pour tout ce qui concernait la Tradition (Tradition issue de la Tradition Primordiale) dans ses aspects exotériques et ésotériques. Pour les traditionnalistes comme lui, l’idée que l’Humanité évoluait vers des « matins qui chantent » ou vers « des jours meilleurs », était une erreur fondamentale pernicieuse. Pour Guénon, c’est le mouvement inverse qui se produit : nous assistons à la dégradation progressive et inévitable des conditions qui permettent l’accès à l’initiation. L’Age d’Or est derrière nous et pas devant nous (du moins dans le cycle actuel). La réalisation des « Petits Mystères » n’est quasiment plus possible en Occident, et celle « Grands Mystères » n’existe plus depuis longtemps. Seule l’Orient offre encore la possibilité de réaliser l’initiation réelle et complète (et non pas seulement virtuelle et fragmentaire), tout en sachant que cette possibilité n’est réservée qu’à un nombre très restreint d’« élus ». Cette dégradation générale n’a pas cessé depuis la sortie de l’Humanité de l’Age d’Or initial jusqu’à notre époque qui correspond à l’extrême fin de l’Age de Fer, l’âge sombre du Kali Yuga pendant lequel se déchaînent les forces contre-initiatiques assimilées aux forces noires. C’est la théorie des cycles cosmiques qui est exposée en détail dans l’ouvrage de Guénon intitulé : « Formes traditionnelles et cycles cosmiques » (1970, Gallimard). Alors, peut-on penser que nous vivons une sorte de période de dévoilement ou de révélation (sens du mot Apocalypse) au cours de laquelle les secrets de l’éveil de la Kundalini sont portés à la connaissance du plus grand nombre pour permettre à l’Humanité de franchir un nouveau cap de son évolution spirituelle comme le pense Marc-Alain Descamps ? Mais peut-être que les points de vue de Guénon et Descamps ne sont pas si opposés qu’il n’y paraît. En effet, après avoir traversé les affres de l’extrême fin de l’Age de Fer, l’Humanité devrait connaître une mutation majeure (un « renversement » selon Guénon) qui marquerait son accession à un nouvel Age d’Or où l’état édénique initial serait intégralement restauré. L’évolution spirituelle évoquée par Descamps ne serait-elle pas justement le signe du passage vers ce nouvel Age d’Or ? L’éveil et la maîtrise de la Kundalini correspondant à la réalisation des « Petits Mystères » (comme nous l’avons démontré dans ce dossier), c’est-à-dire à la réintégration de l’être humain dans la plénitude de son état édénique et adamique, il n’y aurait par vraiment de contradiction entre les deux points de vue. Entrée dans l’Age d’Or ou rupture de phase dans le processus évolutif, les deux événements se réfèrent au constat que, d’une façon ou d’une autre, l’Humanité passe, et passera de plus en plus, par des étapes décisives et difficiles qui marqueront des changements radicaux tant dans la vie spirituelle intérieure des humains que dans leur conditions de vie extérieures.

Daniel Robin