Interview Intégrale de Jacques Vallée gratuite, uniquement sur l'Appli


Publié le 02/03/2014. © Copyright ovnis-direct.com. Tous droits réservés.


Le média Ovnis-Direct a eu le privilège d'interviewer Jacques Vallée, en février 2014.

Nous avons sollicité pour cette interview quatre autres intervenants, pionniers dans leur domaine :

-  Fabrice Bonvin sur l'ufologie et son évolution.
-  Nagib KARY d’Ovnis-Direct sur l’ouvrage « Science Interdite, Vol 2 ».
-  Philippe Solal sur la physique, la cosmologie et les cryptides.
-  Daniel Robin sur les ovnis et le programme d’apprentissage.
-  Jean-Pierre Troadec sur l'affaire de Cergy Pontoise, les soucoupes nazies, les sociétés initiatiques et les contactés.
-  Questions générales des Internautes et de Nagib KARY d’Ovnis-Direct

Jacques Vallée obtient une licence de mathématique à la Sorbonne et une maitrise d'astrophysique à l'Université de Lille et entame sa carrière professionnelle en tant qu'astronome à l'Observatoire de Paris en 1961.En 1962,  il quitte la France pour pratiquer l'astronomie à l'université du Texas où il contribue à établir la première carte informatisée de Mars pour la NASA. Il étudie ensuite à l'université Northwestern, où il obtient un doctorat en informatique. Enquêteur capital du grand projet de la NSF de réseau d'ordinateurs, qui aboutit au premier système de conférence sur l'ARPANET plusieurs années avant l'avènement de l'Internet, il officie également au National Advisory Committee of the University of Michigan College of Engineering. Il découvre l'intelligence artificielle et rejoint le projet Blue Book. S'intéressant de plus en plus aux ovnis, il propose en 1966 un système de classification des observations d'ovnis, qui sera suivi d'un second en 1990. Il fonde avec son mentor J. Allen Hynek le Collège Invisible, qui se fondra ensuite dans le CUFOS, un groupe d'experts du monde entier qui s'interrogent sur les soucoupes volantes sans pour autant forcément y croire. Il est choisi par Steven Spielberg comme modèle pour le personnage de Lacombe, le savant français interprété par François Truffaut dans son film Rencontres du troisième type. Jacques Vallée est capital-risqueur depuis 1987 dans la Silicon Valley et a participé aux investissements dans une soixantaine de start-up. Jacques Vallée entrevoit dans le phénomène ufologique un système de « contrôle » évolutionniste terrestre, opérant sur l'inconscient collectif de notre espèce, d'où une vision holistique au travers d'exemples de phénomènes folkloriques ou contemporains sortant de l'ordinaire humain. Cette perception de l'auteur s'affirme notamment à la lecture de la trilogie Autres dimensions/Confrontations/révélations à l'orée des années 1990. 
(Source : Wikipedia)

Tout savoir sur l'Hypothése du systeme de controle de Jacques Vallée et sur "Le « Collège Invisible » et l’apport fondateur de Jacques Vallée".
Fabrice Bonvin :
(Ecrivain ufologue suisse, psychologue de formation, traitant particulièrement du rapport entre les Ovnis et l’écologie ainsi que de l’impact psychologique des apparitions sur les témoins).

FB: Comment voyez-vous l'ufologie et l'activité d'ufologue à échéance de 15-20 ans ? Qu'est-ce qui changera fondamentalement ou ne changera pas ?

JV: Il ne faudra pas s’étonner si on assiste à une recrudescence de manifestations alors que l’humanité commence une nouvelle phase d’exploration systématique de l’espace. Mais c’est au phénomène lui-même qu’il faudrait poser la question : il a montré qu’il était divers, adaptable et imprévisible. Il a aussi montré qu’il était fondamentalement intéressé par nos progrès technologiques et nos prototypes.

FB: Quel est le penseur, l'intellectuel ou le chercheur que vous admirez le plus et pour quelles raisons ?

JV: Vous l’avez peut-être constaté en lisant Science Interdite : j’ai trouvé chez Aimé Michel une grande source d’inspiration, un esprit remarquable par la puissance de sa vision et l’humanité profonde de son intellect. Le fait qu’un tel penseur ait pu être ignoré, et même méprisé par les beaux esprits en France n’est pas à l’honneur de notre pays. Par contre, le petit groupe de ceux qui l’ont connu ont eu un grand privilège. Pour Aimé, les Ovnis n’étaient qu’un mystère parmi d’autres : c’était un penseur vraiment universel.

FB: Quel est la discipline scientifique actuelle qui serait le plus à même à faire profiter l'ufologie de ses acquis ?

JV: Je pense à deux disciplines dont l’application est urgente : l’informatique d’abord, avec le « data-mining », et la médecine qui n’a jamais été sérieusement appelée à étudier les effets à long terme sur les témoins de rencontres rapprochées. Au-delà de cela, bien sûr, la physique doit intervenir en regardant les ovnis comme un « théorème d’existence » pour comprendre la réalité physique dans un sens plus large.

FB: En quoi la conscience et les Ovnis sont-ils reliés ? Quel rôle joue la conscience dans les manifestations Ovnis ?

JV: On a longtemps vu les ovnis comme des vaisseaux spatiaux classiques, conformes à la science-fiction des années 40 et 50. Cette interprétation a la vie dure : en France en particulier, où les récentes percées de la parapsychologie sont mal connues, on considère les effets psychiques rapportés par les témoins soit comme des preuves de faiblesse mentale, soit comme des effets électromagnétiques secondaires et accidentels. Pourtant, au fur et à mesure que la documentation s’améliore, on découvre que les aspects physiques du phénomène sont aussi négociables que ses effets psychiques : tout se passe comme s’il prenait le contrôle d’une zone donnée, y compris les perceptions des témoins. C’est cette constatation qui avait découragé Aimé Michel.

FB: Est-ce que les gouvernements (et en particulier celui des États-Unis) cachent des informations sur les Ovnis au public (à votre avis et selon votre expérience) ?

JV: Il y a deux niveaux à cette question : (1) les gouvernements (et pas seulement celui des USA) gardent pour eux les informations qu’ils jugent les plus sensibles, en particulier celles qui viennent des militaires. Tout semble montrer que depuis 1947 cette politique a été considérée comme légitime, dans l’intérêt même des populations et dans l’espoir de découvrir rapidement des percées technologiques. (2) La question plus difficile est de savoir si ces percées ont eu lieu. A mon avis le phénomène a probablement résisté à toute analyse, classifiée ou non. La question d’ouvrir les dossiers va se poser à nouveau. Il n’est pas aussi simple de comprendre le phénomène ovni que de démonter un MiG ou de copier secrètement la navette spatiale.

FB: Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à la communauté ufologique ?

JV: Je ne crois pas que j’ai des conseils personnels à donner. Il est évident que l’on ne fera pas de vrais progrès dans un climat qui tolère les querelles de chapelles, et il serait bon d’éviter les accusations paranoïaques qui découragent l’adhésion de vrais chercheurs. Le phénomène est accessible au niveau local, donc la possibilité d’études sur le terrain et d’échange rapide des données est grande ouverte. Ce serait plus utile que de ruminer à propos de secrets inaccessibles dans les tiroirs des gouvernements.

FB: Quels sont vos plus grands regrets dans votre parcours ufologique ?

JV: Je me demande parfois si les choses auraient pris un autre tournant si j’avais accompagné Allen Hynek à Detroit pendant l’affaire du « swamp gas ». Ce fut la plus grande opportunité de poser la question de la réalité du phénomène devant le grand public américain et les milieux scientifiques. Ensemble, et avec les conseils de Bill Powers, nous aurions pu présenter une vision sérieuse et urgente du problème qui aurait été comprise par les médias.
Tout cela, c’est de l’eau qui est passée sous les ponts, comme disent les Américains. Si je regarde en arrière il est clair que professionnellement j’ai perdu mon temps quand je suis rentré en France fin 1967. Devrais-je le regretter ? Je n’aurais pas pu écrire Passport to Magonia ailleurs qu’à Paris. Et puis je n’aurais pas vécu Mai 68 sur place !

Nagib KARY d’Ovnis-Direct sur l’ouvrage « Science Interdite, Vol 2 ».

NK: P389, réponse de J.Vallée à Aimé Michel sur l’origine des ovnis (Belmont vendredi 25 juin 1976) :
« L’opinion publique n’a que deux positions possibles vis-à-vis des ovnis : si tu arrives à enlever de l’esprit des foules l’idée que ce sont des hallucinations, ces mêmes cerveaux vont se rabattre sur la conclusion qu’il s’agit purement et simplement d’extraterrestre ».
« Ne vois-tu pas qu’une technologie qui peut créer des déformations locales de l’espace pourrait ne pas se limiter à produire des ovnis, mais toutes sortes d’autres phénomènes qui sembleraient miraculeux ?»
.

À part les ovnis, pourriez-vous nous citer un panel de ces phénomènes miraculeux, résultants de cette super technologie ?

JV: Ces phénomènes sont dans la littérature sous la forme de témoignages de poltergeist comme dans le livre du capitaine de gendarmerie Tizané, voire les fameuses déformations de métal par la pensée rapportées par des laboratoires soviétiques ou par le Stanford Research Institute (ou, en France, par le chercheur métallurgiste Crussard). La non-localité autorise les phénomènes du sourcier décrits par le grand physicien français Yves Rocard dans ses expériences à l’École Normale Supérieure, comme l’avait souligné le relativiste Olivier Costa de Beauregard. Il est dommage qu’on ait systématiquement occulté ce domaine pour des raisons idéologiques. Il était peut-être marginal dans les années 70 mais il revient au centre des grandes questions physiques actuelles.

NK: P406, commentaire d’Aleister Crowley sur la société pour la recherche psychique :
« Tout leur travail ne fait qu'apporter la preuve qu'il existe des forces extérieures aux humains. Nous les connaissons depuis toujours : l’univers est rempli de manifestations obscures et subtiles de l'énergie. Mais personne avant moi n'a jamais réussi à prouver l'existence d'une intelligence extérieure à l'espèce humaine, alors que ma compilation magique y parvient. Mais il est impossible de douter qu'il y ait quelqu'un là, quelqu'un capable d'organiser des manifestations de la même façon que Napoléon a conçu ses plans de bataille, habité par des pouvoirs d'une ampleur inimaginable, par le biais desquels il peut contrôler les actions des peuples qu'il a choisies pour jouer un rôle dans l'exécution de ses desseins. »


Les publications faites par des personnages appartenant au courant ésotérique de l’hermétisme, comme Aleister Crowley, Facius Cardan, John Dee et autres que vous citez, vous ont-ils influencé d’une quelconque manière dans vos recherches menant à l’hypothèse du système de contrôle ?

JV: Certainement. Avant le développement de la science telle que nous la connaissons, beaucoup de chercheurs solitaires ou membres de petits groupes se sont posé les mêmes questions que nous. Le père de Facius Cardan était un grand mathématicien, John Dee était un érudit qui a contribué à la science de la navigation, d’autres étaient chimistes, alchimistes ou astrologues. Ils se sont demandé s’il existait un équilibre général du monde qui donnerait un sens à la vie humaine et aux phénomènes qui nous entourent. 

NK: Quels sont, selon vous, les éléments déclencheurs des mouvements sectaires des années 70 aux USA ?

JV: Une nouvelle génération prenait conscience des insuffisances de la culture occidentale et s’est révoltée contre les interdits religieux, sociaux, politiques et artistiques du monde de leurs parents, sortis mentalement épuisés et culturellement appauvris de la seconde guerre mondiale. Dans ce climat il était naturel que l’exploration spirituelle parte un peu dans toutes les directions et soit en partie captée par des sectes. J’ai observé ce phénomène aux USA mais il existait aussi en France, en Angleterre et ailleurs, moins visible, mais tout aussi puissant : voyez le Temple Solaire…

NK: On note bien à travers votre dernier ouvrage vos réticences concernant certaines techniques dites de méditation par l’intermédiaire de substances. Un nouveau courant d’ufologues sérieux, s’étant rendu en Amazonie, évoque l’efficacité des méthodes utilisées par des shamans (ayahuasca) pour atteindre d’autres plans de réalités. On les qualifie même de « techniciens de la conscience ». Qu’en pensez-vous ?

JV: Sur le plan de la recherche, toutes ces explorations sont utiles et même précieuses : la science actuelle pose la question de la nature de la réalité, à la fois sous l’angle physique (les quanta, la non-localité etc.) et physiologique (traitement de l’information par le cerveau, découverte de mécanismes cachés grâce aux IRM « fonctionnels » etc.)
J’ai rencontré Terence McKenna et réalisé au cours de nos conversations combien nos hypothèses sur un éventuel « système de contrôle » convergeaient. Mais mon axe de recherche personnel passe par une calibration systématique des données, avec un étalonnage des outils d’investigation qui n’est pas possible quand on est emporté par les visions des drogues comme l’ayahuasca ou simplement le LSD.
Vivant en Californie de façon permanente depuis 1969 j’ai vu passer toutes les expériences à partir de ces méthodes, qu’elles sortent des jungles sud-américaines ou simplement des labos pharmaceutiques. Je comprends leur utilité pour forcer certaines structures du cerveau à révéler leur fonction dans la construction de la réalité, mais je n’y ai rien appris qui soit nouveau et fiable pour mon propre travail.

NK: P427 – Citation de l’auteur :
« Le phénomène ovni ressemble à un kaléidoscope comportant trois niveaux distincts : un niveau à l'échelle purement physique et technologique ; un niveau sociologique ; et pour finir, un niveau personnel, subliminal, qui joue avec les nuances subtiles de la psyché humaine. Le premier de ces aspects semble clairement indiquer une origine extraterrestre ; le second, si on s’en tient à sa seule dimension sociétale serait du ressort de la mythologie humaine et de l’anthropologie : c'est l'explication qui recueille les faveurs de Kit et des sceptiques évolués, contrairement à Menzel et Klass qui se contentent de nier tout en bloc.
Le troisième aspect est le plus inquiétant : il laisse entrevoir les indices d'une manipulation plus sombre, d'origine terrestre et très matérielle ».

 
Avez-vous réalisé, ces dernières années, de nouvelles découvertes sur ce troisième aspect du phénomène ovni ?

JV: On est confronté à cet aspect quand on poursuit l’étude des cas sur le terrain. Tout se passe comme si le phénomène était capable de manipuler son environnement (y compris son environnement humain) pour occulter sa véritable nature. A mon avis les structures de camouflage utilisent des éléments terrestres, et il ne s’agit pas seulement, comme on l’a longtemps cru naïvement, d’un « cover-up » bureaucratique.

Philippe Solal
(Docteur et professeur agrégé de philosophie à l’INSA de Toulouse, enseignant en expression-communication, psychologie sociale, philosophie des sciences et auteur d’une dizaine d’ouvrages dans ces domaines).

PS: La physique et la cosmologie de ce début du XXIe siècle sont en crise et cherchent de nouveaux modèles pour représenter l’univers : multivers, univers multidimensionnels, repliés, feuilletés, etc.  Êtes-vous attentif à cette crise, et celle-ci alimente-t-elle votre réflexion sur l’origine des OVNIS ?

JV: J’ai suivi de près ces travaux, d’abord en astrophysique à l’Université du Texas qui a été un des principaux centres de recherche cosmologique, puis à Stanford et au SRI. Le résultat a été mon livre « Autres Dimensions » car les ovnis nous offrent entre autres l’opportunité de poser cette question de la structure de l’univers. Plus récemment j’ai fait une conférence TED sur le sujet de la physique de l’information, dans le cadre d’une rencontre à Bruxelles sur les 60 prochaines années, période qui mettra ces travaux au centre de la recherche, à mon avis.
PS: Il parait que vous avez beaucoup enquêté ces derniers mois sur une recrudescence de cas de témoignages sur les cryptides aux USA. Pourriez-vous nous en parler ?

JV: C’est un sujet que j’ai longtemps mis de côté, d’abord parce que je n’ai pas de compétence en biologie ou zoologie, et surtout parce qu’il me paraissait indépendant des observations que j’étudiais. J’ai été forcé de revenir sur cette position à la suite de plusieurs séries de témoignages où des phénomènes crypto-zoologiques étaient co-localisés avec des observations d’ovnis bien documentées.
En 2012 et 2013 j’ai fait plusieurs voyages en Utah avec le professeur Frank Salisbury, un éminent biologiste qui a notamment travaillé avec la NASA sur la botanique en microgravité. Nous avons parcouru la chaîne des Uintah et plus tard le bassin semi-désertique qui s’étend de Vernal à Fort Duchesne, pour rencontrer les témoins de ces événements, qui étaient des ranchers, des industriels et des policiers (y compris la police tribale). En général ces témoignages ne sont pas publiés, ce qui rend indispensable un travail de terrain pour retrouver les gens et les écouter. Ces voyages m’ont appris que l’observation de ces créatures était à prendre au sérieux. Comme vous le savez peut-être, des observations semblables ont été rapportées en France.
Daniel Robin
(Président de l’association “OVNI Investigation” basée à Lyon, enquêteur de terrain et organisateur des « Rencontres des Sciences et de l’Inexpliqué ». Sur la base d’exemples concrets, il établit une catégorisation d’interférence du phénomène sur la conscience humaine).

DR: Dans vos livres vous proposez l’hypothèse selon laquelle les manifestations du phénomène ovni pourraient correspondre à un programme d’apprentissage vis-à-vis de l’Humanité. Ce système pourrait être du même type que celui du psychologue Burrhus Frederic Skinner sur l’enseignement programmé. Pouvez-vous développer cette hypothèse et montrer que les manifestations du phénomène ovni suivent bien un programme ?

JV: Cette hypothèse vient des compilations informatiques faites au cours les années 60 et 70, conduisant à une courbe de fréquence du phénomène qui ressemble à un programme d’apprentissage (« schedule of reinforcement » au sens de Skinner), c’est-à-dire une succession de stimuli qui est pseudo-périodique. Selon Skinner un tel programme conduit à un apprentissage irréversible. Il est aussi difficilement détectable à moins de recenser une longue série d’observations.

Notons au passage que les études militaires comme celle de l’US Air Force (projet Blue Book), ou les analyses académiques comme celle du professeur Condon à l’Université du Colorado, ont toujours traité les cas un par un, sans perspective globale, ce qui masque évidemment un tel programme, s’il existe. L’idée souvent ressassée dans les déclarations des agences gouvernementales, selon laquelle les Ovnis ne représentent pas une menace, n’a jamais pris en compte la structure de l’évolution globale du phénomène.

Pour confirmer ou infirmer cette hypothèse il faudrait reprendre les données récentes et mettre à jour les cas anciens afin d’étendre l’étude sur une période plus longue. J’ai eu l’opportunité d’en discuter avec des informaticiens du CNES. Il n’est pas exclu que plusieurs hypothèses convergent en reprenant une telle analyse.

DR: Dans une conférence que vous avez faite à Montréal au Canada, vous évoquez les œuvres d’art du passé dans lesquelles figurent d’éventuelles représentations d’ovnis. Vous parlez notamment d’un tableau de Michel Ange représentant un triangle noir que le peintre aurait sûrement observé. Pouvez-vous nous donner les références de cette œuvre de Michel Ange ?

JV: La référence est l’ouvrage du chroniqueur bénédictin Benedetto Lushino, Vulnera Diligentis (second livre, chapitre XXII) qui écrit que Michel-Ange vit un « signe triangulaire » par une nuit calme. Il était lumineux (et non pas noir) avec trois queues, l’une argentée, la deuxième rouge, la troisième « enflammée et bifurquée ». L’observation eut lieu à Rome en 1513. Michel-Ange fut impressionné au point d’en faire une peinture, qui n’a malheureusement pas survécu, à ma connaissance.

Jean-Pierre TROADEC
(Auteur du livre Les Ovnis. Collection Que Sais-Je ?, éditions PUF, Paris, Auditeur de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.)

JPT: L'affaire de Cergy Pontoise éclate en 1979. Selon vous quelle réalité cache cette histoire : abduction, canular, montage des services secrets, autre hypothèse ?  Quelles certitudes avez-vous, s'appuyant sur quels éléments de preuve ?

JV: Je repense souvent à cette affaire. Elle me touche personnellement car, contrairement à la plupart des enquêtes qu’un chercheur est appelé à faire, celle-ci me ramène sur un terrain très familier : comme Franck Fontaine, j’ai été élève de l’école communale du Parc-aux-Charrettes à Pontoise ; comme lui et ses camarades, je connais bien le plateau de Cergy ; et Gérard Deforge, qui eut Fontaine comme élève, est un ami personnel. J’ai également rencontré Fontaine avec les deux autres témoins à Pontoise chez Marceau Sicaud, qui avait étudié tout le dossier.
Aujourd’hui j’hésite encore entre la thèse du canular et celle de l’opération psychologique. Prévost et N’Diaye ont interprété les événements à leur façon mais la personnalité de Franck et ses doutes sur son expérience m’intriguent : Je n’ai pas l’impression qu’il ait menti. D’autre part on sait que des expériences sociologiques ne sont pas rares dans le cadre de la guerre psychologique. A Cergy-Pontoise, plusieurs pistes évidentes pouvant indiquer une manipulation n’ont pas été explorées par les enquêteurs : pourquoi ? Le Gepan a sans doute eu raison de ne pas s’impliquer davantage dans la question, une fois écartée l’hypothèse d’un véritable « enlèvement ».

JPT: Les contactés, comme Adamski, Siragusa, révèlent-ils une part réelle de témoignage ufologique, ou bien ces récits sont-ils en lien avec autre chose ? Certains penchent vers le canular pur. Quel est votre avis ?

JV: Si l’on se tient à la réalité « scientifique » il semble clair que l’on se trouve devant des canulars (dans le cas d’Adamski) ou de dérives psychologiques (délire, fugue, paraphrénie) dans d’autres cas. Mais l’impact de ces récits s’avère plus profond qu’un simple canular, qui serait rapidement éliminé une fois la vérité connue : Voyez par exemple les fameuses observations de Gulf Breeze avec « Monsieur Ed » ou le cas Meier en Suisse, que l’ufologie a heureusement oubliés.
Carl Jung ne s’est pas trompé sur l’impact culturel et psychologique des récits de « contact » des années 50, quand il a attiré l’attention sur leur appel à des archétypes puissants. Par exemple, les contactés ont été les premiers à lancer le « mème » de la pollution dangereuse de la planète, vingt ans avant les écologistes (C’est un point sur lequel leurs visiteurs cosmiques insistaient souvent…).
Plus récemment, le professeur Jeff Kripal, qui est chairman du Département des Etudes Religieuses à l’Université Rice, a repris cette analyse en termes de l’évolution des concepts religieux dans le monde moderne. Dans cette optique, le fait que les nouvelles croyances soient basées sur des faits invérifiables ou même faux n’a aucune importance : Jésus Christ a-t-il vraiment changé l’eau en vin ?

JPT: On prétend que durant la Seconde Guerre mondiale les scientifiques allemands auraient développé des engins à ailes circulaires, des soucoupes volantes (Vrils, Haunebus). Ces informations sont-elles du domaine de la rumeur ?

JV: Ces recherches sont bien établies, et l’on a retrouvé certains de ces prototypes (J’en ai vu un dans un laboratoire au Texas). Du point de vue aéronautique il était logique d’essayer de développer ce type d’engin. Dès la fin de la guerre la société AVRO au Canada et Couzinet en France ont essayé de construire une soucoupe volante fonctionnelle. Les Américains ont repris ces recherches tout en essayant de retrouver les frères Horten. En France la société nationale de construction aéronautique du Sud-Ouest (SNCASO) engagea Thomas Townsend Brown (co-fondateur du groupe  ufologique NICAP) en 1955 pour des travaux sur l’électro-gravité. Plus près de nous le Dr. Moller en Californie, que j’ai rencontré à Sacramento et dont j’ai vu les prototypes, espère encore faire voler un appareil grand public pour lequel il cherche du financement.
Avec le recul on comprend maintenant pourquoi ces appareils sont instables (dès qu’ils montent au-dessus de la zone de « ground effect » comme un hovercraft) et surtout difficiles à utiliser avec une charge significative ou plusieurs passagers : le poids augmente avec le cube du diamètre, et le centre de gravité est trop près du « center of lift ». A ma connaissance les seuls appareils circulaires capables d’emporter un ou deux hommes sont utilisés par les militaires à basse altitude pour des opérations de commando, notamment en terrain marécageux. Et ils ne tournent pas sur eux-mêmes comme les prototypes allemands. A mon avis il n’y a plus de mystère sur ce sujet.

JPT: Quel lien faites-vous entre ufologie et sociétés secrètes initiatiques ?

JV: Si elles sont gardiennes d’une véritable tradition, les sociétés initiatiques sont ouvertes à l’idée de formes de conscience non humaines. Dans Paracelse, à qui la médecine doit d’importantes idées et des remèdes pratiques, on trouve une série de descriptions d’êtres censés habiter des réalités parallèles à la nôtre. Les collections de traités ésotériques contiennent des informations historiques précieuses, à côté de spéculations que la science moderne a invalidées ou dépassées.
Par contre quand on regarde l’histoire récente de ces sectes, on trouve aussi un lien plus sinistre entre leurs dirigeants et des services qui les utilisent à des fins politiques ou simplement pour faciliter certaines influences. Des auteurs bien informés ont mis en lumière ces relations, qu’il s’agisse de la loge P2, de l’Amorc ou de certaines structures maçonniques en Afrique. Sans parler, là encore, de la Secte du Temple Solaire, dont les initiations comprenaient un contact avec des êtres soi-disant extraterrestres, simulés avec des méthodes de prestidigitateurs. 

Questions générales des Internautes et de Nagib KARY d’Ovnis-Direct :

NK: Savez-vous s’il existe en ce moment un programme ou un plan pour entrer en contact avec le phénomène ovni ?


JV: On en trouve plusieurs sur Internet, à commencer par le groupe du Dr. Steven Greer. Ses disciples affirment qu’ils sont en contact fréquent avec des ovnis par signaux lumineux.
Malheureusement leurs appareils de photo ou de vidéo cessent de fonctionner au moment propice... D’autres groupes ont des projets de contacts télépathiques. Les projets les plus sérieux commencent par l’identification de zones à haute fréquence d’observations, où les chercheurs espèrent pouvoir établir une communication régulière. Jusqu’ici je n’ai pas vu de résultats convaincants.

NK: Quelle opinion avez-vous au sujet des évolutions actuelles de la physique quantique ?
Selon vous, serions-nous proches de découvertes permettant d’expliquer en partie certains phénomènes liés aux ovnis ?


JV: La question est légitime, d’autant plus que les recherches sérieuses sur le fonctionnement de la conscience sont devant le même problème. A partir du principe de non-localité on doit se demander si la pensée ne se transmet pas instantanément (plutôt que par ondes électromagnétiques, comme dans les recherches soviétiques de la période 1930-1940 ou les travaux des scientifiques français et anglais du début du dernier siècle avec la « radio mentale »). Il serait donc possible d’entrer en contact avec d’autres formes de conscience, et des êtres capables de se déplacer dans l’espace pourraient nous influencer à distance, ou même nous faire percevoir des scènes imaginaires.
A vrai dire, il me semble que dans leur enthousiasme ces chercheurs mettent un peu la mécanique quantique à toutes les sauces : comme ses mécanismes restent mystérieux, on peut lui faire expliquer une foule de phénomènes de manière abusive. Je suis plus intéressé par les nouvelles idées sur la physique de l’information, comme je l’ai dit plus haut. Si l’espace-temps est un effet secondaire de notre conscience et une illusion physique, alors le problème des phénomènes liés aux ovnis se pose d’une manière beaucoup plus fondamentale.

NK: Pourquoi l'hypothèse du contrôle évoque essentiellement les ovnis et personnages qui y sont associés ? Cette manipulation de l'espace et du temps ne pourrait-elle se matérialiser dans la vie courante, dans la rue, dans les logements ?

JV: On peut tout-à-fait imaginer un système de contrôle qui ferait graduellement basculer notre réalité (à la fois physique et sociale) pour la remplacer par « autre chose ». C’est le mécanisme que Jorge-Luis Borges a décrit dans sa magistrale nouvelle, Tlön Uqbar Orbis Tertius.

NK: Pourriez-vous situer les principaux auteurs, chercheurs qui actuellement sont dans le même courant de pensée que le vôtre ?

JV: D’abord, Jeff Kripal et ses étudiants, et les participants de ses symposia sur le sujet à Esalen ces dernières années (voyez son ouvrage « Authors of the Impossible », University of Chicago Press, où il analyse mon travail et celui de Bertrand Méheust). Ces idées convergent avec celles de Jean Sider en France et de plusieurs physiciens aux Etats-Unis ainsi que des chercheurs comme Philippe Guillemant au CNRS. Il existe aussi plusieurs groupes à Silicon Valley qui travaillent sur la rétro-causalité, et remettent en question les idées reçues. Je crois que ce travail doit être fait avant que l’on puisse poser la question des Ovnis sur une base vraiment scientifique.
En fait, je résumerais le problème de la façon suivante : « (1) Le phénomène ovni existe réellement. (2) Sur cette base, il ne nous reste plus qu’à re-négocier ce que nous entendons par réalité ».

NK: Comprenez-vous qu’un personnage comme John Keel ait été plusieurs fois remis en doute ? Avez-vous pu échanger avec lui au sujet des manifestations de Point Pleasant (1966-67) ?
Ce cas est-il crédible à vos yeux ? Et savez-vous s’il en existe d’autres de ce type impliquant un large éventail de manifestations paranormales diverses et variées ?


JV: John n’était pas un scientifique et ne prétendait pas l’être. Il a été mis en doute à juste titre parce que ses sources étaient invérifiables. A mon avis il allait trop vite et se laissait emporter par les impressions du moment. Cela étant, il a passé beaucoup de temps sur le terrain, il a été le premier à reconnaître que les vrais témoins formaient une majorité invisible, et que les militaires avaient un programme systématique d’interférence avec les observations. Il a aussi remis en cause l’hypothèse extraterrestre au premier degré, notamment dans Disneyland of the Gods.
Sur le cas de Point Pleasant je ne peux pas faire de commentaire, je ne suis pas allé interroger les témoins. Mais je fais confiance à John quand il décrit la destruction d’un pont prédite par des messages antérieurs, et qu’il en déduit que le phénomène s’amuse parfois à nos dépens.

NK: De nombreux internautes sur les réseaux sociaux sont passionnés par le cas filmé des lumières de Phoenix en Arizona en 1997 ainsi que par les crashs d’ovnis au sol qui justifierait l’existence de débris matériels. Est-il possible de concilier l’hypothèse du système de contrôle avec les faits (Phoenix) et suppositions (crashes, retro-ingénierie) énoncés précédemment ?

JV: Il s’agit de deux questions très différentes : Le cas de Phoenix montre les limites de nos systèmes d’observation, puisqu’on a de multiples témoignages, un enregistrement vidéo, et que l’on n’arrive toujours pas à prouver la nature du phénomène. Je n’ai pas d’élément supplémentaire qui pourrait résoudre cette question, mais remarquons que le cas de Phoenix n’est pas unique : il coïncide avec de nombreuses observations inexpliquées de vastes ensembles d’objets (ou de lumières associées avec un grand objet) aux Etats-Unis et ailleurs, comme dans le cas du « Cinq Novembre » en France.
Les débris matériels existent et ils ne viennent pas nécessairement d’un « crash » supposé ou réel. J’ai publié des analyses de plusieurs échantillons qui m’ont été confiés après une observation d’un objet à faible altitude éjectant du métal liquide : Les résultats sont instructifs. Bien entendu, le Saint Graal serait un fragment d’engin écrasé mais il  n’est pas évident que nos laboratoires soient équipés pour le comprendre : donnez donc à Léonard de Vinci le genre de boîtier dont on se sert pour ouvrir un garage à distance…

NK: D’après vos connaissances et données statistiques, est-il possible que le système de contrôle règle de nouveau ses manifestations en se métamorphosant de manière radicale ? Ce qui voudrait dire que les ovnis seraient plus discrets et laisseraient place à un nouveau genre de folklore, comportant les mêmes invariants.
 

JV: Si l’on regarde l’histoire du phénomène sur plusieurs siècles, ce que nous savons faire maintenant grâce aux recherches de Chris Aubeck et de son groupe « Magoniax » qui est actif sur Internet, on trouve à la fois des constantes (dans l’apparence du phénomène, ses évolutions, ses effets physiques) et des changements de présentation qui semblent légèrement en avance sur les idées technologiques de l’époque. Les Américains du 19ème siècle voyaient des dirigeables impossibles, quelques décennies avant la réalisation du premier dirigeable, par exemple. Après la 2ème guerre mondiale on trouve des soucoupes volantes avec de petites antennes absurdes comme dans l’imaginaire des Comics. Est-ce une caractéristique du système de contrôle ? Ou simplement un effet de la prédisposition d’une certaine société qui projette son imagination sur la trame d’un phénomène mystérieux, qui reste toujours inexpliqué ? Je penche vers votre dernière hypothèse : un nouveau genre de folklore avec les mêmes invariants.

NK: Vous avez rédigé la préface de l’ouvrage de Bob Pratt intitulé « Ovnis - danger - appel à la vigilance ». Avez-vous pris connaissance de nouveaux cas troublants ces dernières années ?

JV: Je ne suis pas retourné au Brésil depuis les années 80. Mais on continue de recevoir des informations confirmant ce que Bob Pratt décrivait dans son livre, et ce que les témoins m’ont raconté sur place, y compris les officiers de renseignement de l’armée de l’air brésilienne comme le colonel Hollanda Lima.
Interview de J.Vallée par Ovnis-Direct, Février 2014 © Copyright ovnis-direct.com. Tous droits réservés.