Epistémologie de l'insaisissable
par Fabrice Bonvin


À propos de l’auteur

Fabrice Bonvin est un spécialiste du phénomène ovni et plus particulièrement du rapport entre ovnis et écologie. Ses études en psychologie l’ont conduit à étudier l’impact psychologique des apparitions ovnis sur les témoins. Il a mené ses enquêtes en Suisse, en Australie et au Brésil. Il est l’auteur de Ovni - Les Agents du changement et Ovnis : Le Secret des secrets, publiés chez JMG Éditions, respectivement en 2005 et 2006.


ovni nucleaire


Des catalogues de cas, pour quoi faire ?


Les tentatives de résolution du phénomène OVNI par une application rigoureuse de la méthodologie scientifique sont dignes de considération et ont emprunté, au cours des cinquante dernières années, différentes voies. Peu coordonnées et dispersées, les investigations se sont principalement axées sur l'analyse des témoignages, documents photographiques ou vidéos, traces au sol, débris ou encore sur les effets physiques et/ou psychologiques rapportés par les témoins*. Comme l'on suppose que les rapports d'observations de témoins fournissent l'essentiel des données pouvant être analysées scientifiquement, certains chercheurs ont construit des bases de données qui, pour la plupart, ont débouché sur des analyses statistiques du phénomène (Figuet, 1979 ; Poher, 1971 ; Mancusi, 1993, Vallée, 1969 ; Zürcher, 1979). La revue de ces études montre que, si elles peuvent différer quant à l'interprétation des résultats, les données sont convergentes. Elles mettent en évidence que :

1) D'une façon prédominante, le phénomène OVNI se présente sous forme de sphères et de soucoupes (Zürcher, 1979 ; Figuet, 1979 ; NICAP, 1964) ;

2) Le phénomène est essentiellement nocturne, avec une activité maximale entre 18h00 et 24h00 (Zürcher, 1979, Figuet, 1979; Mancusi, 1993; Vallée, 1969). Par exemple, le ROOS (Registre des observations d'OVNI en Suisse), basé sur 956 cas, montre que 35 % des observations ont lieu entre 18h00 et 21h00 ;

3) Les observations d'OVNIs sont plus courantes en fin d'été, aux mois de septembre et d'octobre (Zürcher, 1979, Vallée, 1969). L'étude de Zürcher, qui comprend 202 RR3, comptabilise 35,8 % d'observations pour le mois d'octobre ;

4) D'après le Catalogue Vallée (Vallée, 1969), le phénomène OVNI se manifesterait plus particulièrement en Europe et aux États-Unis (respectivement 332 et 356 cas sur un total de 923) ;

5) Dans la majorité des cas, il n'y a qu'un seul témoin de l'apparition d'OVNI. Zürcher (1979) montre que dans les 2/3 des cas en France, les observations ne comportent qu'un témoin ;
Cependant, toutes les analyses ne sont pas unanimes et les résultats semblent contradictoires. Par exemple, les données du catalogue Poher (1971) montrent qu'il y a plus d'un témoin dans 65 % des cas.

Ces cinq points constituent, à mon avis, les données fondamentales qu'il a été possible d'extraire de l'étude des bases de données citées. Il est donc judicieux de commenter et d'analyser chaque point si l'on veut juger de leur pertinence pour la résolution du phénomène OVNI :

1) Il faut garder à l'esprit que les études statistiques de Zürcher, Figuet et du NICAP datent des années 70. Actuellement, il semblerait que les formes d'OVNI rapportées par les témoins contiennent toujours une part non négligeable de soucoupes et de sphères, même si la forme triangulaire se manifeste activement depuis le début des années 90, et ceci dans le monde entier. Il est fort probable que ces spectaculaires apparitions d'OVNIs triangulaires iront en s'intensifiant dans les années à venir puisque les analyses sérieuses tendent à montrer que l'intelligence derrière ces apparitions utiliserait un "générateur" et un "test" pour régler les manifestations d'OVNIs. Le "générateur" serait chargé d'engendrer de la variété, de nouvelles formes n'existant pas auparavant en puisant dans les représentations et les schèmes cognitifs partagées par la communauté. Quant au "test", son rôle serait de faire des choix dans ces nouvelles formes, de façon à ce que seules celles qui sont bien adaptées à l'environnement survivent (Plasma Springs, Tau*Ceti, numéro 50). Il s'agit donc d'un phénomène protéiforme, foncièrement adaptatif étant donné que les apparitions sont en rapport avec le contexte socio-culturel, le Zeitgeist de l'époque considérée. Ces attributs du phénomène sont également valables pour ses manifestations connexes (entités, MIBs, apparitions oniriques). En effet, certains auteurs (Vallée, 1988 ; Zürcher, 1979) ont également remarqué que les manifestations du phénomène sont de nature mimétique**, comme, par exemple, dans un cas réel, où un OVNI en forme de champignon atterrit dans une champignonnière et que l'entité "extraterrestre" "demandait s'il pouvait obtenir des champignons" du cultivateur (SOBEPS, 1981). C'est comme si l'intelligence derrière le phénomène était capable d'assimiler l'univers conceptuel du témoin et se livrait ensuite à une apparition soigneusement agencée où les schèmes cognitifs du témoin seraient mis en scène. Plusieurs auteurs n'ont pas hésité à parler de "leurres". Ainsi, Sider (1999) écrit que "la modélisation du leurre est donc personnalisée en fonction du psychisme de chaque témoin, ce qui rend caduque toute tentative de compréhension à partir des rapports fournis par les observateurs" (p. 33). Cela implique naturellement que la connaissance de la forme de l'OVNI (et de l'aspect et des préoccupations de ses occupants) n'est pas une information pertinente à la résolution du phénomène OVNI. En fait, la forme du phénomène nous renseigne davantage sur les représentations et les schèmes cognitifs des sujets (ou d'une communauté) que sur le phénomène lui-même.

2) Les différents résultats statistiques tirés des catalogues d'observations d'OVNIs mettent en évidence que les manifestations d'OVNIs sont principalement signalées en soirée et en début de nuit. Plutôt que d'extrapoler une hypothétique préférence du phénomène pour les apparitions nocturnes, il est admis que cette activité à prépondérance nocturne refléterait plutôt les habitudes des sociétés humaines que celles du phénomène étudié. En effet et en général, les individus sortent le soir - et multiplient les chances d'observer un OVNI - alors qu'ils sont enfermés (pour la plupart) dans des bureaux l'après-midi. J'en déduis donc que les informations statistiques liées aux moments d'observation sont peu susceptibles de nous éclairer sur la nature du phénomène puisqu'elles relèvent de facteurs sociologiques et culturels.

3) Selon plusieurs études, les observations d'OVNIs semblent se cristalliser en fin d'été, début automne. Tout d'abord, il faut signaler que c'est justement en octobre qu'eut lieu la vague de 1954 en France et, dans une moindre mesure, en Italie. Comme plusieurs catalogues d'observations contiennent de nombreux cas de cette vague exceptionnelle, il y a donc un "biais" induit par cette vague. Ensuite, le mois d'octobre est celui où le ciel est le plus clair, ce qui favorise l'observation de phénomènes aériens. Force est de constater que les données sur l'occurrence du phénomène durant l'année nous sont d'aucun secours pour une meilleure appréhension du phénomène. Il semblerait plutôt que l'activité du phénomène se répartit de façon homogène sur toutes les périodes de l'année.

4) À en croire le Catalogue Vallée, il y aurait davantage d'observations d'OVNIs aux États-Unis et en Europe que dans le reste du monde. Rien n'est moins sûr. En effet, ces données traduisent plutôt l'existence d'infrastructures (associations ufologiques ou organismes gouvernementaux) capables de récolter et d'enregistrer les observations en Europe et aux États-Unis. Nul doute que de telles organisations sensibilisent l'opinion publique au phénomène OVNI et, par conséquent, sont en mesure de prendre en compte les observations, ce qui est évidemment inconcevable dans des pays ne disposant pas des infrastructures adéquates. Cette situation explique donc pourquoi le phénomène semble essentiellement circonscrit aux pays qui peuvent se "payer le luxe" de disposer de telles organisations. A noter qu'actuellement certains pays moins développés économiquement que, disons, la France ou les États-Unis, accueillent de nombreuses organisations ufologiques de qualité (par exemple, la Chine ou le Chili). A l'instar des organisations européennes et américaines, ces organismes rapportent des multitudes de cas fort intéressants, ce qui illustre le caractère universel du phénomène OVNI.

5) Il semblerait, en effet, qu'une partie importante des cas soit constituée d'observations rapportées par un témoin unique. Toutefois, il existe également de nombreuses observations contenant des témoins multiples. Mon analyse et mes expériences avec le phénomène OVNI m'ont convaincu que ses manifestations sont clairement et intentionnellement destinées à un seul ou une collection d'individus. En parlant du caractère délibéré de l'apparition du phénomène, Sider (1999) note que "la subtilité de telles actions réside dans le fait que, la plupart du temps, chaque incident est rapporté par un seul observateur" (p. 33). La moyenne relativement faible du nombre de témoins tend donc à confirmer l'idée que le phénomène est sélectif et n'apparaît donc pas à n'importe qui, n'importe quand et n'importe comment. Comme l'écrit Vallée (1988) : "le contact entre les témoins humains et le phénomène OVNI se produit toujours dans des conditions contrôlées par ce dernier" (p. 222). D'ailleurs, bien qu'on dénombre quelques rares cas où les témoins se comptent en dizaines ou en centaines***, il est étonnant que la moyenne de témoins par apparition d'OVNI(s) ne soit pas plus élevée.

En 1981, Allen Hynek s'interrogeait également sur cette facette du phénomène : "l'apparition sélective des OVNIs suggère une mise en scène délibérée… par exemple, il est fréquemment rapporté qu'un OVNI atterrit "sur la route, juste devant le véhicule des témoins". Pourquoi pas plus loin, sur le côté ? Et pourquoi seulement à une poignée de témoins ?" (Hynek, Allen, 1981, pp.50-58).

La constatation suivante de Zürcher (1979) nous éclaire sur l'anomalie de la faible moyenne de témoins : «le phénomène contrôle et règle de la manière la plus parfaite qui soit l’ensemble de sa manifestation en fonction du contexte où elle s’insère». Si cette affirmation s'avère correcte, elle est également en mesure d'expliquer le paradoxe suivant : les témoignages et les traces abondent mais notre connaissance du phénomène se limite encore aux hypothèses.

En conclusion, les différents éléments énumérés ci-dessus qui ressortent de ces catalogues n'ont pas un poids suffisant pour aboutir à des découvertes pouvant révolutionner notre compréhension du fonctionnement et de la nature du phénomène.

Valeur scientifiques des catalogues


On peut naturellement se poser des questions à propos de la valeur scientifique des analyses statistiques tirées des catalogues d'observations d'OVNIs. A l'instar des photos et des vidéos d'OVNIs, le chercheur doit se contenter d'un accès indirect au phénomène puisque le phénomène n'est pas reproductible en laboratoire et que nul n'a su provoquer son apparition volontairement. C'est donc un phénomène difficilement accessible dont l'étude repose sur des indices indirects tels que les échantillons, les enregistrements radars ou les témoignages.

Dans le cas des témoignages, il faut être conscient qu'une observation n'est jamais objective puisque l'expérience vécue par un observateur regardant un objet n'est pas seulement déterminée par l'image qui se forme sur sa rétine mais dépend également, en partie, de son expérience passée, de ses connaissances et de ses attentes. Chalmers (1987) rapporte une célèbre expérience qui montre "que le changement opéré dans la connaissance et dans l'attente (de sujets) se traduit par un changement de ce qu'ils voient, alors que les objets physiques n'ont quant à eux pas changé". Non seulement le vécu et l'état d'esprit en général donnent une coloration particulière à une observation mais, à plus forte raison dans le cas d'une observation inhabituelle, l'interprétation qui en résulte peut différer selon chaque individu. Lors de l'observation récente d'un OVNI au-dessus du Dagestan le 14 novembre 2000, si certains civils ont pensé à un avion secret de l'armée russe, d'autres imaginaient un avion espion de l'OTAN alors que les Imams y voyaient un signe d’Allah, un génie ou une entité céleste (UFO Round-Up, 23 novembre 2000).

Et si l'on suppose que l'intelligence génère la forme de l'apparition d'OVNI selon les attentes, les représentations et les schèmes cognitifs du sujet visé, tout se complique ! A ce propos, il serait très intéressant de mener une étude sur les représentations sociales du phénomène OVNI et de la vie extraterrestre chez une population tout-venant de sujets. Sachant que les représentations sociales ne sont rien d'autres que "des réalités partagées" et que "l'univers de la représentation est diffus, mobile, toujours en mouvement" (Doise, 1996, p. 14), on pourrait alors éventuellement pouvoir prédire la forme et les activités des prochaines apparitions d'OVNIs.

De plus, l'observation soulève un autre problème de taille, celui des identifications erronées de stimuli. Elles peuvent résulter, par exemple, d'illusions d'optiques.
Ensuite, certains témoignages peuvent très bien, même s'ils représentent une partie infime des cas, résulter de falsification délibérée (individus à la recherche d'attention, d'argent, etc…) ou provenir d'individus à personnalités psychopathologiques (schizophrènes, personnalités psychotiques, etc…).
Si les catalogues d'observations permettent d'appréhender - dans les grandes lignes - les comportements et les formes du phénomène (et certains mécanismes invariants telle que la "chute en feuille morte"), ils ne sont pas, à juste titre, recevables dans le cadre d'une étude scientifique.

En conclusion, dans le cadre des catalogues d'observation, les deux obstacles principaux à une étude scientifique du phénomène OVNI sont donc :

- l'absence de contrôle expérimental sur l'apparition du phénomène (et son corollaire : les données sont extraites de témoignages qui n'ont aucune valeur scientifique) ;
- la nature même du phénomène, pouvant "leurrer" les sens humains, capable d'actions sur la psyché humaine et même de manipulation spatio-temporelle.

Mon étude sur 30 cas


Malgré ces faiblesses de nature à invalider tout résultat statistique, j'ai entrepris une petite étude statistique descriptive sur 30 cas visant à détecter d'éventuelles corrélations.

Comme je l'ai relevé dans les paragraphes précédents, la plupart des données recueillies concernant les apparitions d'OVNIs nous renseignent davantage sur les schèmes cognitifs des témoins et l'organisation des sociétés humaines que sur la nature du phénomène OVNI. Puisque le phénomène OVNI est capable de manipuler la psyché humaine en se présentant comme une mise en scène , je n'ai pas sélectionné des variables telles que le "comportement de l'Ufonaute" ou le "nombre d'hublots présents sur l'OVNI" ****. Au contraire, mon choix s'est porté sur des variables davantage "objective" (car ces variables sont moins sujettes à d'éventuelles "manipulations" du phénomène), puisque sur les 3 variables sélectionnées, on trouve la tranche horaire et le nombre de témoins. Enfin, la troisième variable est la forme de l'OVNI.

Mon hypothèse est la suivante : il n'existe aucune relation entre ces trois variables. On se poserait, par exemple, la question de savoir si la forme de l'OVNI est dépendante ou indépendante de la tranche horaire. Dans ce cas, mon hypothèse est qu'il n'y a aucun rapport entre la forme de l'OVNI et l'heure à laquelle il est observé.

En ce qui concerne la méthodologie, j'ai sélectionné 30 cas de la base du catalogue des rencontres rapprochées en France de Figuet (1979). Ces 30 cas ont tous été extraits aléatoirement des 198 cas de la vague de 1954 contenus dans cet ouvrage. Pour un détail des cas, je prie le lecteur de se rapporter aux annexes.

Concernant la procédure et plus spécifiquement la production des données, j'ai codé les variables puisées dans les 30 cas de la manière suivante :

Tranche horaire de l'apparition :
00h00-06h00 = 1
06h00-12h00 = 2
12h00-18h00 = 3
18h00-24h00 = 4

Forme de l'OVNI :

1 = boule/sphère/oeuf
2 = soucoupe/disque
3 = cigare
4 = autres, non déterminés

Analyse exploratoire

Les résultats montrent que le nombre moyen de témoins est de 2.06667 mais que la valeur médiane est de 1. L'écart-type est de 1.63861. Il est donc correct de dire que, dans de nombreux cas et même la majorité des cas, le sujet est seul (17 cas sur 30) lors de l'observation. Toutefois, il existe des cas à observateurs multiples, comme celle de Marcilly-sur-Vienne où l'on dénombre quelque 8 témoins (ce qui constitue une valeur extrême et ne manque pas d'influencer sur la moyenne) !
De plus, il faut remarquer qu'il est fort probable que pour de nombreux cas, on pourrait comptabiliser davantage de témoins. Bien sûr, le fait que l'enquêteur n'ait comptabilisé qu'un seul témoin ne veut pas dire qu'il en était ainsi ! Il peut très bien exister des témoins qui restent à découvrir, encore faut-il pouvoir les localiser et gagner leur confiance 
pour qu'ils acceptent de témoigner ! Toujours est-il que sur la base des informations en notre possession, l'apparition du phénomène semble bel et bien destinée à un seul individu en particulier !
Concernant la tranche horaire, les observations sont principalement nocturnes et se déroulent principalement dans la tranche des 18h00-24h00. Mes résultats confirment donc les résultats des études précédentes.
Finalement, la forme d'OVNI la plus souvent rapportée est celle de la soucoupe ou du disque.

Corrélations

Le coefficient de corrélation de Spearman montre que les corrélations sont, en général, faibles entre les variables tranche horaire, nombre de témoins et forme de l'OVNI. La seule corrélation moyenne est celle qui lie la tranche horaire avec le nombre de témoins, à savoir que plus on avance dans la journée et moins il y a de témoins par observation. Cette corrélation est moyenne et n'a donc aucune valeur statistique



Il n'y a donc pas de relations entre les 3 variables. Je le répète : étant donné l'absence de contrôle expérimental des variables, ces résultats ne signifient rien du tout. De plus, comme le phénomène relève de la mise en scène, il faudrait encore se débarrasser de cette "poudre-aux-yeux" jetée à la figure des témoins : un obstacle supplémentaire pour découvrir "qui" ou "quoi" sous-tend ces apparitions….

Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?


Bonne question ! Tout d'abord, je pense que les efforts doivent continuer à tendre vers l'analyse des indices physiques que l'intelligence a bien voulu nous laisser entre les mains (fils de la vierge, traces aux sols, fragments de soucoupe remis au contacté X par l'entité Xubus-25N). Ces analyses doivent se faire tant bien que mal, même en disposant de faibles ressources financières dans un climat hostile à l'étude de sujets "tabous".

À l'analyse des indices physiques devrait s'adjoindre un intérêt pour la composante psychique et symbolique du phénomène. Il y a encore des "Ufologues" qui arrivent à prendre au pied de la lettre le récit du témoin S. L. (digne de foi et sain d'esprit mais "manipulé" par le phénomène) racontant son enlèvement par l'extraterrestre Xybulu-778 de la planète Zuxos qui fait partie de la Constellation de Trulu-cucu, elle-même sous l'égide de la Confédération des Space Brothers de Altar XIV.

Selon le témoin, Xybulu-778 vient sur Terre durant ses jours de congé pour turlupiner les humains à bord de sa soucoupe à propulsion psycho-mental-anti-graviton.

Ensuite, je pense qu'en l'état actuel de nos connaissances, un des moyens les plus efficaces pour en savoir davantage sur cet énigme est de se centrer plutôt sur les témoins que sur le phénomène. Je vois le témoin comme une clé de voûte à exploiter si l'on veut mieux comprendre le fonctionnement du phénomène OVNI. Si les témoins sont tout à fait sains d'esprit*****, il est fort probable qu'ils partagent des caractéristiques particulières. Les études sur les traits de caractère, comme le "fantasy proneness personnality" (Bartholomew & Basterfield, 1991) sont probablement une bonne base sur laquelle continuer des recherches. Si les OVNIs choisissent leurs témoins selon des critères psychologiques, il vaut la peine de les identifier.

Quand Vallée (1988) écrit que "l'intelligence derrière le phénomène OVNI a accès à des processus psychiques que nous ne maîtrisons pas encore, sur lesquels nous n'avons pas encore fait de recherches" (p. 346), je pense qu'il met le doigt sur un élément capital. D'où la nécessité de mener des recherches dans ce domaine.

Il y a également des pistes intéressantes à creuser du côté des états modifiés de conscience (EMC). Ring (1992), entre autres, a mis en évidence le rôle que semble jouer les EMC dans les cas d'enlèvements. Les expériences de "Missing Time" ou de "Facteur Oz" (que l'on rencontre lors d'observations d'OVNIs) sont autant d'expressions d'une altération du temps et de l'espace durant des EMC.

Ces EMC peuvent être induits à volonté, par la prise, par exemple de dimethyltryptamine (DMT). Dans un ouvrage de pharmacologie, il est écrit que les effets induits par la prise de DMT sont comme "un transport instantané dans un autre univers". Sous influence de DMT, il arrive que des sujets rapportent leurs interactions avec des "êtres" provenant d'univers parallèles, ce que Terence McKenna appelle "an ecology of souls". Dans certains cas, il s'agit d'"elfes". Rappelons que Evans Wentz a décrit le royaume des fées, elfes et autres intelligences "comme un état supernormal de conscience dans lequel les hommes et les femmes peuvent entrer temporairement dans les rêves, trances et d'autres circonstances extatiques". La prise de DMT est une des manières d'entrer dans un état extatique (Meyer, 1995). Bref, les recherches sur la conscience n'en sont qu'à leurs balbutiements : il y a fort à parier que l'avenir nous réserve des surprises !

Le développement de la physique quantique est également à suivre de très près puisque d'importantes percées dans la connaissance de la structure de l'univers pourraient nous ouvrir de nouvelles pistes à considérer pour expliquer les OVNIs. Actuellement, les diverses théories des cordes ne semblent valables que si l'espace-temps possède 10 ou 26 dimensions au lieu de nos 4 habituelles !

Par ailleurs, si l'on veut analyser rigoureusement le comportement d'imitation (ou mimétique) du phénomène OVNI, il faudra le considérer à la lumière de cette citation :

"Non seulement nos images du monde social sont un reflet des événements du monde social, mais les événements mêmes du monde social peuvent être des reflets et des produits de nos images du monde social" (Snyder & Swann, 1978, p. 160).

En bref, il est évident que le phénomène OVNI ne se résume pas à une simple affaire de tôles et de boulons ! Le phénomène OVNI relève d'une nature extrêmement complexe. On peut donner raison à John Mack quand il écrivait, à propos des enlèvements, qu'"il est impossible de comprendre, et encore moins d'expliquer, ce genre d'expériences, si l'on s'en tient à la conception habituelle de la réalité".

Extraterrestre ou ultra-terrestre ?


Suite à ces considérations, il est tentant de se demander si le phénomène est de nature "extraterrestre" ou "ultra terrestre". Se poser cette question, c'est pénétrer dans le royaume de la conjecture, des suppositions où, bien souvent, les différents protagonistes du débat y projettent leurs fantasmes, espoirs, délires. Ce sont les viscères qui bouillonnent, les affects qui prennent l'ascendant sur le raisonnement ! Tout ceci est affaire de convictions intimes ! Et cela me rassure de constater que certains doutent encore !

Certains auteurs, tel Vallée, ont exposé la fragilité de l'hypothèse extraterrestre (HET) avec les arguments suivants:

- La présence du phénomène tout au long de notre histoire

- Le comportement "absurde" des OVNIs et des Ufonautes (style, "je traverse le cosmos durant 300 années-lumière pour effrayer trois vaches et déterrer un radis, et, tout content, je refais le trajet en sens inverse")

- Le nombre exagéré de rencontres rapprochés dans le cadre d'une exploration scientifique de notre planète

- etc…

Ces arguments militent, en effet, contre l'hypothèse HET au premier degré, à savoir la visite de petits gris dans leurs vaisseaux en acier chromé venus sur Terre pour prélever des concombres et faire "gili-gili" aux humains. Maintenant, on pourrait très bien imaginer une HET au deuxième degré, mettant en scène une intelligence d'origine extraterrestre capable de manipuler le temps, l'espace et d'autres spécialités dont elle nous a habituées. Bien évidemment, à notre stade de connaissance, tout est possible et envisageable ! Il est cependant important de se garder de tout anthromorphisme, si c'est encore possible !

Quant à l'hypothèse ultra terrestre (entités venant d'une autre dimension), c'est le parent pauvre de l'Ufologie. Il est regrettable que le néophyte voit le choix des possibles se limiter à l'alternative suivante :

1) les OVNIs n'existent pas

2) les OVNIs sont d'origine extraterrestre

Cette fausse alternative est réductrice et limite le champ de la recherche. Le défaut majeur de l'hypothèse ultra terrestre est qu'elle est extrêmement vague (on peut y voir l'intervention de démons, d'êtres d'autres dimensions, etc…). Pour qu'une hypothèse soit scientifique, elle doit être falsifiable car selon le falsificationisme, on peut montrer que certaines théories sont fausses en faisant appel aux résultats d'observation et d'expérience. Et plus l'hypothèse est précise, plus elle est susceptible d'être falsifiée et donc, plus elle est scientifique. Comme l'hypothèse ultra terrestre est très vague et qu'elle n'est pas falsifiable, elle n'est donc pas scientifique. Par contre, l'hypothèse ultra terrestre permet de faire intervenir toute sorte d'attributs et de comportements du phénomène OVNI qui ne cadrent pas avec notre conception actuelle de l'HET.

À ce niveau du débat, la croyance en l'HET ou l'HUT relève de la profession de foi et soulève plus de questions qu'elle n'en résout.

De toute façon, on ne s'autorisera jamais à dire d'une théorie qu'elle est vraie, mais on tendra à affirmer qu'elle est la meilleure disponible, qu'elle dépasse toutes celles qui l'ont précédée.

Appliqué à l'Ufologie, ce principe n'a jamais été autant valable. Puisse-t-il servir de guide de conduite pour les recherches à venir.


*Voir, à titre illustratif, pour une bonne revue de la composante physique du phénomène OVNI le "rapport Sturrock" : Sturrock, Peter A. (1999). The UFO Enigma. Warner Books

** Le terme "mimétisme" n'est pas très heureux, puisqu'il faudrait plutôt parler d'"imitation". En effet, le mimétisme est instinctif alors que l'imitation suppose une intentionnalité et une conscience de soi ainsi qu'une conscience de l'autre. Baudonnière (1997) écrit qu’être capable d'imitation implique être capable de "pensée symbolique", c'est-à-dire d'évoquer au moyen de signes totalement arbitraires des objets, des situations, des idées concrètes ou abstraites qui pourront être comprises par leur auteur mais aussi par les autres" (p. 77-78). Il s'agit donc d'imitation puisque le phénomène OVNI (et les entités) résulte d'une apparition délibérée, intentionnelle, savamment orchestrée visant un témoin ou un groupe de témoins dans des conditions totalement contrôlée par l'intelligence à l'origine de l'apparition.

*** Voir, par exemple, le cas de Farmington, Nouveau-Mexique du 17 mars 1950 qui comptabilise des "centaines" ou "plus d'un millier" de témoins (McDonald, 1968).

**** D'ailleurs, une analyse avec ce type de données aurait été impossible vu le nombre de données manquantes dans les catalogues de cas ! Les informations les plus accessibles sont souvent le lieu d'observation, l'heure, la forme générale du phénomène et le nombre de témoins.

***** de nombreuses études scientifiques ont échoué à montrer le caractère psychopathologique des témoins d'OVNIs ou des "abductés". Voir, par exemple, l'excellente étude de Spanos et al., 1993


RÉFÉRENCES

- Bartholomew, Robert E., Keith Basterfield & Howard, G.S. (1991): "UFO Abductees and Contactees: *
- Psychopathology or Fantasy Proneness?. Professional Psychology: Research and Practice, 1991, Vol. 22, No. 3, 215-22.
- Baudonnière, Pierre-Marie. (1997). Le mimétisme et l'imitation. Éditions Dominos, Flammarion.
- Chalmers, Alan F. (1987). Qu'est-ce que la science ? Éditions La découverte.
- Doise, W. (1996). L'étude des représentations sociales. Editions Delachaux et Niestlé.
- Figuet, M. & Ruchon, J.-L. (1979). OVNI : Le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France. Editions Alain Lefeuvre.
- Hynek, Allen. (1981). The UFO Phenomenon: laugh, laugh, study, study, Technology Review, Juillet 1981, pp. 50-58.
- McDonald, James, E. (1968). Statement On Unidentified Flying Objects submitted to the House Committee on Science and Astronautics at July 29, 1968.
- Mancusi, Bruno. (1993). Les observations suisses en quelques chiffres. Dans Thierry Pindivic (Eds.), OVNI - Vers une anthropologie d'un mythe contemporain (pp.235-239). Editions Heimdal.
- Meyer, Peter. (1995). DMT and Hyperspace. Psychedelic Monographs and Essays, Numéro 6, page 50.
- NICAP. (1964). The UFO Evidence. 6536 Connecticut Avenue, NW., Washington D.C., 20036
- Poher, Claude. (1971). Etudes statistiques portant sur 1000 témoignages d'observations d'UFO. Publication privée
- Ring, Kenneth. (1992). The Omega Project, William Morrow and Company, Inc., New York.
- Sider, Jean. (1999). OVNIs : Les envahisseurs démasqués. Editions RAMUEL.
- Snyder, M. & Swann, W.B. Jr. (1978). Behavioral confirmation in social interaction: From social perception to social reality. Journal of Experimental Social Psychology, 14, 148-162.
- SOBEPS. (1981). Soucoupe dans la champignonnière, Enquête SOBEPS, Vertongen, Jean-Luc & Breidenbach, Willy, Tau*Ceti, numéro 50.
- Spanos, Nicolas, Cross, P.A., Dickson, K. & DuBreuil, S. (1993). Close Encounters : An Examination of UFO Experiences". Journal of Abnormal Psychology, Vol. 102, No. 4, 624-632.
- UFO Round-Up. (2000). Giant Luminous UFO Flies Over Russian Troops In The Caucasus Mountains. Volume 5, Numéro 47, 23 novembre 2000.
- Vallée, Jacques. (1969). Passport to Magonia. Regency
- Vallée, Jacques. (1988). Autres dimensions. J'ai Lu.
- Zürcher, Eric. (1979). Les apparitions d'humanoïdes. Éditions Alain Lefeuvre.


Annexe 1

Cas sélectionnés aléatoirement pour la mini-étude :

Cas n001: 11/10/1954, p. 146 (Acquigny)

Cas n002: 12/10/1954, p. 152 (Toulouse, Croix Daurade)

Cas n003: 12/10/1954, p. 156 (Erbray)

Cas n004: 15/10/1954, p. 168 (Le Vigan)

Cas n005: 16/10/1954, p. 172 (Baillolet)

Cas n006: 17/10/1954, p. 178 (Cabasson)

Cas n007: 20/10/1954, p. 192 (Turquestein)

Cas n008: 13/11/1954, p. 212 (Vieux-Manoir)

Cas n009: 01/12/1954, p. 213 (Bassoues)

Cas n010: 09/10/1954, p. 136 (Soubran)

Cas n011: 05/10/1954, p. 124 (Clermont-Ferrand)

Cas n012: 04/10/1954, p. 117 (Villers-le-Tilleul)

Cas n013: 01/10/1954, p. 102 (Ressons-sur-Matz)

Cas n014: 30/09/1954, p. 96 (Marcilly-sur-Vienne)

Cas n015: 01/10/1954, p. 104 (Lormaîson)

Cas n016: 03/10/1954, p. 113 (Rue 80120)

Cas n017: 04/10/1954, p. 121 (Villers-le-lac)

Cas n018: 07/10/1954, p. 129 (Béruges)

Cas n019: 09/10/1954, p. 137 (Pournoy-la-Chétive)

Cas n020: 10/10/1954, p. 141 (Marville-Moutier-Brule)

Cas n02l : 10/10/1954, p. 145 (Saint-Germain-deLivet)

Cas n022: 12/10/1954, P. 155 (Leguevin)

Cas n023: 17/10/1954, p. 181 (Amigny-Rouy)

Cas n024: 18/10/1954, P. 186 (Pont-l'Abbé-d'Amoult)

Cas n025: 23/10/1954, p. 196 (Saint-Hilaire-des-Loges)

Cas n026: 31/10/1954, p. 204 (Corrompu)

Cas n027: 24/10/1954, p. 198 (Biozat)

Cas n028: 17/10/1954, p. 177 (Cier-de-Rivière)

Cas n029: 15/10/1954, p. 170 (Aires-sur-la-Lys)

Cas n030: 14/10/1954, p. 164 (Gueugnon)


30 cas extraits de la vague de 1954 en France :

Source :

TEXTE DE FOND DE FABRICE BONVIN