Corps - Ame - Esprit

par Daniel Robin

Ci-dessus : La sphère dans le cube, représentation symbolique de l’esprit dans la matière. Le carré, le cube ont toujours été des symboles liés à la matière et au monde physique. Au contraire, le cercle, la sphère, sont rattachés au monde spirituel, à l’esprit. Nous montrons ici une représentation très moderne (3D numérique) de cette conception qui remonte à la plus haute antiquité et qui se retrouve dans toutes les traditions spirituelles de l’humanité.

1) Le ternaire humain.


La Tradition, la Grande Tradition ou la Tradition Primordiale, au sens guénonien du terme, c’est-à-dire ce corpus de connaissances et d’expériences dont l’origine lointaine est nonhumaine (peut-être même non-terrestre), enseigne la constitution ternaire (ou tripartite) de l’être humain :

- Le corps.

- L’âme.

- L’esprit.

Dans ce ternaire, le corps correspond aux éléments physiques et matériels, l’âme aux éléments psychiques et subtils, l’esprit à l’élément spirituel, immatériel et lumineux. Pour facilité l’exposé des expériences spirituelles et les étapes du devenir posthume, mais aussi pour des raisons symboliques que nous développerons par la suite, nous utiliserons les représentations suivantes :

- Le corps sera représenté par le carré ou le cube (chiffre 4).

- L’âme sera représentée par le triangle ou la pyramide (chiffre 3).

- L’esprit sera représenté par le cercle ou la sphère (chiffre 1), avec parfois un point au centre
 (chiffre 2).

Ci-dessus : constitution ternaire de l’être humain avec le carré qui représente le corps, le triangle qui représente l’âme psychique, et le cercle qui représente l’esprit. L’âme est l’« interface » entre le corps et l’esprit. A noter, le point blanc au centre du cercle. Ce point marque la partie la plus centrale de l’être humain (le « C°ur », le « saint des saints », ou le « sanctuaire intérieur »). Ce point est une « ouverture ». C’est l’« endroit » exact (mais est-ce encore un espace et occupe-t-il une dimension spatiale ?), qui permet le passage entre notre monde et le monde de l’esprit pur. C’est le point de passage des énergies qui relient le Ciel et la Terre.

Le corps est issu de l’évolution terrestre minérale, végétale et animale qui le relie au monde matériel dont il subit les lois. Ces lois peuvent se résumer en une « courbe de vie » qui commence à la naissance physique, se poursuit avec la croissance de l’individu, atteint son sommet avec l’ « âge mûr », ensuite entame une descente avec la dégénérescence et la vieillesse, et enfin se termine avec la mort. La partie spirituelle de l’être humain (esprit) est issu d’un niveau de réalité non matérielle. Cette réalité supérieure est assimilée dans les traditions aux mondes divins et angéliques. Un être humain est donc un esprit incarné dans un corps. De façon schématique nous dirons que l’esprit, pour des raisons que nous pourrions qualifier d’ « évolutives », a choisi de vivre dans la réalité matérielle afin de connaître certaines « choses ». Entre le corps et l’esprit, nous avons un troisième élément qui est une sorte d’intermédiaire ou d’interface entre les deux. Cet élément c’est l’âme qui est de nature psychique, c’est-à-dire qu’elle n’est ni matérielle, ni spirituelle, dans son essence. L’âme psychique est une réalité intermédiaire complexe dans laquelle tente de s’établir une relation harmonieuse entre le corps et l’esprit. L’âme est le lieu de tous les « combats » internes, de toutes les contradictions de l’être humain. L’âme et changeante et sujette à toutes sortes d’influences. Lieu de rencontre entre le corps et l’esprit, l’âme doit faire face à des réalités contradictoires qui engendrent des tensions et des conflits qui peuvent être d’une grande violence. Ces conflits psychiques proviennent de ce que l’âme est fortement imprégnée d’animalité dans ces parties inférieures et de spiritualité dans ses parties supérieures.

Le ternaire Corps, Ame, Esprit, correspond bien à une réalité, mais il est aussi une représentation simplifiée de l’être humain. Les choses sont en fait plus complexes que cette représentation ternaire pourrait le laisser supposer. Certains enseignements traditionnels distinguent en effet jusqu’à sept, voir même jusqu’à neufs « corps » différents dans l’être humain. Les Egyptiens, par exemple, enseignaient l’existence de neuf « corps ». 

Dans la bible - dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau Testament - nous trouvons cette tripartition de l’être humain. Ainsi, la première Epître de Paul aux Thessaloniciens proclame « Que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé sans reproche à l’avènement de notre Seigneur Jésus–Christ ! », 1 Thessaloniciens 5. 23. Dans la Genèse il est dit que « L’Eternel Dieu forma l’homme (Adam) de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant », Genèse 2 : 7. L’homme est donc formé de « terre », c’est-à-dire de ce qui correspond à son corps physique, et d’un « souffle de
vie » qui en hébreu se dit « ruah » et en grec « pneuma ». « Ruah » c’est à la fois le vent, le souffle, la vie, et l’esprit. Dans le « souffle de vie » donné par Dieu à l’homme, il faut admettre qu’il y a les deux principes : l’âme et l’esprit. L’être humain est donc à la fois un être spirituel (« pneuma / psyché »), et un être physique (matière). Il est formé d’un esprit : de l’hébreu « ruah » et du grec « pneuma » qui veut dire « souffle », d’une âme, de l’hébreu « nephesch » et du grec « psyché », et d’un corps qui provient de la terre (adama).

Dans la tradition du Yoga tantrique, l’être humain possède trois corps (« sharîra ») et cinq enveloppes (« kosha ») :

1) Le « kârana-sharîra », le « corps causal », l’esprit, correspondant à « ânandamaya-kosha » qui est l’« enveloppe de félicité ».

2) Le « sûkshma-sharîra », le « corps subtil », l’âme, correspondant à « prânamaya-kosha » qui est l’« enveloppe d’énergie vitale », et au « manomaya-kosha » appelée l’« enveloppe de pensée », et enfin au « vijnânamayakosha », ou « enveloppe de connaissance ».

3) Le « sthûla-sharira », le « corps grossier », corps physique matériel, correspondant à « annamaya-kosha » qui est l’« enveloppe nourricière ».

La Kabbale hébraïque distingue un ternaire de base constitué de « nephesh » (le corps), « rouach » (l’âme), et « neshamah » (l’esprit).

La tradition égyptienne antique distinguait différentes « enveloppes » ou « corps » :

1) Les enveloppes inférieures représentant le corps et comprenant le « Khat », le « Khaibit », et le « Ka ».

2) Les enveloppes intermédiaires représentant l’âme et comprenant le « sekhem », le « ba » et l’« ab » (image ci-dessous : le « ba », représenté par un oiseau à tête d’homme planant audessus du corps du défunt).

3) Les enveloppes supérieures représentant l’esprit et comprenant le « RN », l’« akhou », et le « sahou ».

2) Le symbolisme du carré et du cube.


Le symbolisme du carré et du cube (expression tridimensionnelle du carré) est étroitement lié à celui du chiffre 4. Le carré simple est une forme géométrique que nous pourrions qualifier d’anti-dynamique, elle symbolise l’arrêt du mouvement et du flux des énergies. Le carré est la représentation géométrique du chiffre 4. Les correspondances symboliques du chiffre 4 sont très souvent liées à la matière, à l’espace et au temps : les quatre éléments (terre, eau, air, feu), les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre dimensions de l’espace/temps, les quatre vents, les quatre périodes de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse), les quatre piliers de l’Univers. Le carré est considéré comme la synthèse des éléments naturels. C’est aussi le symbole de la création divine, c’est-à-dire le monde manifesté. Le carré est le cube représentent le monde matériel, c’est-à-dire ce qui est solide, dure, compact. De ce point de vue, nous pouvons dire que le cube est un bloc, un bloc de pierre par exemple, qui sert à construire des formes en trois dimensions (édifices). Le cube est bien « ancré » dans le monde matériel. Il est assimilé à une forme de stabilité et de permanence matérielles.

3) Le symbolisme du cercle et de la sphère.


Pour les platoniciens, le cercle représente la forme parfaite. Il est le symbole de la perfection (perfection spirituelle humaine et divine). Il est aussi le symbole du Soleil et de la Lumière spirituelle. Le cercle n’a ni commencement ni fin, il est donc situé hors du temps et de l’espace. La sphère est le volume engendré par la rotation du cercle autour de son diamètre.

La sphère est la forme parfaite dans l’espace à trois dimensions. D’un point de vue spirituel, la sphère indique la totalité de l’être. C’est l’être parfait réalisé dans toutes les dimensions de l’existence. La sphère est aussi l’image du Cosmos organisé, et lorsqu’il est envisagé dans sa totalité et non plus dans ses manifestations particulières, le Cosmos est parfait. Après la mort, l’esprit immortel traverse des sphères célestes. L’ascension à travers les sphères célestes correspond à une purification progressive de l’esprit.

Ci-dessus : Un cercle avec un point au centre. En Astrologie ce symbole représente le Soleil et en Alchimie il représente l’or (le métal). Le Soleil et l’Or sont aussi les symboles d’une réalité supérieure, d’un principe universel, celui de l’éternité et de la source infinie de Lumière.


Ci-dessus : le symbole de la roue. Le découpage interne du cercle indique l’idée d’un cycle. Si le cercle est découpé en quatre rayons, chaque quartier peut représenter une saison. Il est aussi possible de partager le cercle en six en huit parties. Le découpage le plus représenté est celui en douze parties. Ce découpage représente alors le Zodiaque qui est un grand cycle cosmique.

4) Le symbolisme du triangle et de la pyramide


Dans notre représentation tripartite de l’être humain, le triangle ou la pyramide se rapporte à l’âme, c’est-à-dire à une réalité intermédiaire entre le corps et l’esprit. La forme même de cette figure suggère l’idée d’un passage d’une forme à une autre. C’est le passage du carré et du cube au cercle et à la sphère, du quatre au un. La base de la pyramide est un carré qui s’ajuste parfaitement à l’une des faces du cube (corps). Le sommet est une pointe fine qui peut s’effiler à l’infini et qui indique la direction du Ciel, c’est-à-dire des mondes spirituels. Le triangle est aussi l’équivalent du chiffre trois, intermédiaire entre le quatre du cube et le deux ou le un de l’esprit. Le triangle et la pyramide symbolisent aussi la progression psychique à travers des degrés ou des stades de plus en plus fins et subtils. La base est carrée, c’est-à-dire ancrée dans la matière et le corps. C’est le degré le plus bas du psychisme. C’est le niveau d’être le plus proche des préoccupations matérielles et corporelles. A l’opposé, le sommet et une pointe qui suggère l’invisible esprit. C’est le niveau d’être le plus proche de l’esprit pur dégagé des influences corporelles et  atérielles. Entre la base et le sommet, les degrés intermédiaires de l’âme sont des « passages obligés » en quelque sorte. Ils permettent à la matière de se spiritualiser. Dans certaines traditions extrêmes orientales le triangle symbolise l’Homme (microcosme) situé entre le Ciel (le cercle) et la Terre (le carré).

5) Le corps, l’âme et l’esprit : une représentation verticale.


Ci-dessus, nous avons représenté les relations entre le corps, l’âme et l’esprit, à l’intérieur d’une seule figure, le carré, symbole du corps. Cette représentation suggère que le carré est la forme la plus extérieure, et que le cercle est au contraire la forme la plus intérieure. C’est l’« écorce » (corps) et le « noyau » (esprit). Cette figuration est tout à fait légitime et adaptée à une forme d’enseignement. Une autre figuration est cependant possible : la représentation verticale. Dans cette figuration, le carré est la base physique ancrée dans la réalité terrestre. C’est le « socle » humain. Au-dessus du corps, l’âme s’appuie ou repose sur le corps, mais elle est supérieure à lui. L’âme comprend une partie inférieure liée au corps, celle qui forme sa base en contact avec l’une des faces du carré, ainsi qu’une partie supérieure en contact avec l’esprit. Plus l’âme s’approche de l’esprit, et plus elle devient « fine » en quelque sorte. Au sommet, la fine pointe de l’âme touche l’esprit. Au-dessus de l’âme trône l’esprit, le cercle
parfait. L’esprit est la partie la plus élevée (la plus noble) de l’être humain. L’esprit est le sommet de l’évolution humaine.

Ci-dessus : une autre façon de représenter les relations entre le corps, l’âme et l’esprit.

Ci-dessus : genèse du monde matériel (cube) à partir de l’Unité.

6) La Loi de correspondance entre ternaires


La Tradition enseigne aussi la Loi de correspondance entre le microcosme humain et le macrocosme universel (l’Univers). Cette loi est clairement formulée dans la fameuse « Table d’Emeraude » attribuée à Hermès Trismégiste (Hermès le « trois fois grand » ). Cette « Table » stipule que ce qui est en haut (macrocosme) est comme ce qui est en bas (microcosme) et inversement. Cette formulation lapidaire de la loi de correspondance signifie que la constitution de l’être humain est en principe similaire à la constitution du Cosmos. Si l’être humain est fait d’un corps, d’une âme, et d’un esprit, l’Univers dans son ensemble est lui aussi fait de l’équivalent d’un « corps », d’une « âme », et d’un « esprit ».

Symboliquement cette correspondance est figurée par le « Sceau de Salomon », formé de deux triangles enlacés. Un triangle pointe en haut représentant le macrocosme, est entrelacé avec un triangle pointe en bas représentant le microcosme. La loi de correspondance entre le microcosme et le macrocosme implique l’existence d’affinités puissantes entre les domaines analogues respectifs. La loi de correspondance signifie aussi que l’essence du domaine corporel et matériel est la même pour le microcosme et le macrocosme, tout comme l’essence du domaine psychique intermédiaire, et l’essence du domaine spirituel, sont aussi les mêmes pour le microcosme et le macrocosme. Cette Loi de correspondance implique qu’il existe une interrelation profonde entre les réalités humaines et cosmiques. L’être humain n’est pas une entité isolée au sein d’un Cosmos vide de sens. Au contraire, comme toutes les réalités sont en  liaison les unes avec les autres, l’action de l’une d’elle implique des conséquences sur l’autre.
La science moderne a redécouverte cette inter-réaction universelle au niveau physique grâce en particulier à la physique quantique. Tout est relié à tout.

Ci-dessus : le « Sceau de Salomon », le microcosme et le macrocosme entrelacés.

Ci-dessus : symboles des quatre éléments traditionnels (Terre, Air, Eau, Feu) tirés de la figure du « Sceau de Salomon ».

7) Composition des trois « sphères » ou domaines.


Schématiquement, il existerait donc trois sphères de réalité et d’existence qui cohabiteraient dans l’être humain : la sphère corporelle, la sphère psychique, la sphère spirituelle. Ces sphères, ou domaines et de l’être, s’organisent en degrés qui partent du plus matériel jusqu’au plus spirituel, avec tous les échelons intermédiaires. A l’intérieur de chacune des sphères il existe aussi des degrés :

1) La « sphère » corporelle comprend :

a) Le squelette. Les os représentent la partie la plus dure du corps, celle qui se désagrège le plus lentement. Symboliquement, nous pouvons dire que les os représentent l’ « éternité » du cops, une sorte d’ « éternité » matérielle qui se présente sous la forme des fossiles d’os par exemple. Le squelette est donc le reflet inversé de la vraie éternité de l’esprit.

b) Les muscles (système ou centre moteur).

c) Le système sanguin, les organes du tronc et le sexe.

d) Le système nerveux et le cerveau.

2) « sphère » psychique comprend :

a) Les instincts assurant les besoins primaires.

b) Les sentiments, les émotions, l’attirance, la répulsion (centre émotionnel).

c) Le mental, la raison, la logique, l’intelligence (les théories, les philosophies, les dogmes).

3) La « sphère » spirituelle comprend :

a) L’Intellect supérieur ou compréhension supérieure à différencier de l’intellect lié au mental.

b) L’Amour, à différencier des sentiments et des émotions du centre émotionnel.

c) L’Esprit et le Principe conscience (l’Essence de l’être, le « Noyau », le Centre de l’être).

Ci-dessus : Le squelette est le dernier élément visible à demeurer après la mort. C’est le dernier témoignage sensible de la personne et de son corps. Symboliquement, le squelette est le reflet inversé de l’éternité spirituelle, une « parodie » matérielle de cette éternité.

8) Les trois « corps ».


La notion de sphère recoupe aussi celle de « corps », ainsi avons-nous :

- un corps physique.

- un corps psychique.

- un corps spirituel.

Il faut bien comprendre l’importance de ces trois « corps » dans la compréhension du devenir posthume de l’être humain. Ce devenir est entièrement conditionné par la nature et les possibilités propres à chacun de ces « corps ». Nous parlons de « corps », mais cette notion de « corps » n’a pas la même signification que celle qui est employée en médecine par exemple.

Nous avons plutôt l’habitude de désigner par corps, le corps physique matériel fait de chaire, de sang et d’os. Le « corps » psychique et le « corps » spirituel, sont plutôt des « formes énergétiques » ou des « champs » (champ de conscience par exemple) de nature subtile. Ces « corps » sont (pour l’homme ordinaire) invisibles et indétectables avec les sens physiques ordinaires. Certaines personnes, douées de pouvoir innés ou acquis peuvent cependant « percevoir » tout ou partie de ces différents « corps ». Les « corps » ne sont pas simplement des réalités plus ou moins matérielles ou plus ou moins subtiles qui s’emboîteraient les unes dans les autres comme des « poupées russes ». Les « corps » dont nous parlons, sont avant tout des niveaux d’être et des niveaux de conscience. Ils représentent des degrés de manifestation de la conscience. Nous pourrions presque dire qu’ils sont comme des niveaux différents d’ « emprisonnement » de la conscience. Dans le corps physique, la conscience est « emprisonnée » dans les cellules et nous sommes incapables de communiquer avec elle. Au niveau psychique, la conscience est éveillée mais elle est encore balbutiante. Nous pouvons communiquer avec elle mais elle reste « prisonnière » du mental. Ce n’est qu’au niveau spirituel que la conscience est pleinement elle-même, qu’elle est libre de toute entrave. Encore faut-il nuancer cette liberté en tenant compte du degré d’avancement de chaque être humain sur le chemin de l’évolution spirituelle.

9) Le Sel, le Mercure et le Soufre.


Le ternaire, corps, âme, esprit, est à rapprocher du ternaire alchimique : Sel, Soufre, Mercure. Le Sel est l’équivalent du corps physique, le Mercure celui de l’âme, et le Soufre celui de l’esprit. Ce rapprochement est particulièrement fécond, puisque l’Alchimie a pour but la transmutation de l’être humain à partir de ses « éléments » constitutifs. Comme le rappelle très justement René Guénon dans son livre « La Grande Triade », le Sel, le Mercure et le Soufre dont nous parlons n’ont aucun rapport avec les mêmes noms employés par la chimie vulgaire, ni d’ailleurs avec de corps quelconques, il s’agit uniquement de principes.

Le Soufre (yang) a un caractère actif assimilable au « Feu ». C’est essentiellement un principe d’activité intérieure considéré comme s’irradiant à partir du centre même de l’être. Dans l’homme, cette force interne est souvent identifiée à la puissance de la volonté. Pas une volonté d’ordre psychologique, mais une volonté semblable à la « Volonté divine » puisque son origine est centrale. Le Soufre appartient à la catégorie des influences célestes. Le Mercure (yin), au contraire, a un caractère passif assimilable à un principe humide. Il est considéré comme réagissant de l’extérieur et il appartient à la catégorie des influences terrestres. En cela, les forces du Soufre et du Mercure sont en opposition, mais une opposition complémentaire qui doit s équilibrer (source : René Guénon, « La Grande Triade »).

Le Grand ¯uvre alchimique doit permettre d’effectuer la transmutation du plomb (lourd et vil), en or (léger et noble). Le plomb représente les parties basses et corporelles de notre être, l’or représente les parties hautes et spirituelles. Le ternaire Sel, Soufre, Mercure peut donc correspondre à des réalités subtiles extérieures sur lesquelles va « travailler » l’alchimiste, mais ce ternaire indique aussi des réalités internes humaines qui sont aussi le point de départ du « travail » alchimique. Les deux formes de « travail » ne sont pas exclusives l’une de l’autre et peuvent être réalisées en parallèle.

Ci-dessus : la création du Sel, du Soufre et du Mercure à partir de l’Un.

10) La mort : séparation des trois « corps ».


Lorsqu’un être humain meurt, le corps physique, l’âme et l’esprit se séparent. La première séparation se fait entre le corps physique d’une part et l’âme associée à l’esprit d’autre part. Dans cette première phase, l’âme et l’esprit sont toujours unis. Une fois cette première séparation effectuée, séparation aussi appelée « première mort », le corps commence son processus de décomposition. Le corps disparaît définitivement en peu de temps. Tous les éléments dont il était formé retournent à la « terre » (au sens large du terme). Reste l’âme et l’esprit qui se séparent peu après. C’est la « seconde mort ». Au moment de cette seconde mort ou séparation, l’âme psychique reste dans les mondes intermédiaires où elle se désagrège peu à peu. Séparé de l’âme, l’esprit poursuit seul son ascension vers les mondes spirituels.

Séparée du corps et de l’esprit, l’âme psychique peut conserver un semblant de vie dans les mondes intermédiaires. Isolée, l’âme est une sorte de « coque » psychique (aussi appelée « larve » psychique) qui est parfois visible sur terre. Elle se manifeste alors sous la forme d’apparitions de fantômes ou à travers des phénomènes de hantise. Certains cas de possession peuvent s’interpréter comme la contamination d’un psychisme humain par une « coque » ou une « larve » issue des mondes intermédiaires. L’esprit, dégagé du corps et de l’âme, retrouve sa forme lumineuse première. Il retourne vers la Grande Lumière spirituelle qui est sa vraie patrie et son origine.

La réunion d’un corps, d’une âme et d’un esprit, caractérise les conditions de l’incarnation humaine terrestre. Il faut bien comprendre que c’est l’esprit qui s’incarne, c’est-à-dire qu’il partage pendant un certain temps la vie d’un corps physique sur notre planète. L’esprit peut s’incarner plusieurs fois dans des corps physiques différents et à des époques différentes, c’est ce que l’on appelle habituellement la « réincarnation ». C’est l’esprit qui choisit de s’incarner dans une forme physique particulière pour venir accomplir sur terre une « mission » spéciale en rapport avec don propre degré d’évolution.

Cette question de l’existence et des rapports entre le corps, l’âme et l’esprit est essentielle. C’est en effet de la réponse que nous donnerons à cette question que dépendra notre conception du devenir de l’homme sur la terre et de sa destinée post mortem.

Bien souvent les hommes perdent leur temps dans des activités futiles et ne se préoccupent pas des questions essentielles touchant leur condition d’être humain. Comprendre que l’être humain est une entité formée d’un corps, d’une âme et d’un esprit, c’est prendre conscience des fondements de la vie spirituelle. Cette prise de conscience donne ainsi la possibilité de commencer un
travail spirituel qui aura pour but de faire évoluer l’être humain. De ce point de vue cette compréhension est une sorte de « clé » qui sera très utile au chercheur spirituel qui veut suivre ce chemin évolutif.

11) Evolution spirituelle et harmonisation des trois « corps ».


La compréhension de l’organisation tripartite de l’être humain doit non seulement nous aider à mieux vivre notre condition normale d’être humain, mais elle doit aussi nous permettre de progresser et d’évoluer de façon significative vers des états d’être supérieurs. Le chemin de l’évolution spirituelle n’est pas un chemin facile. Il suppose d’avoir pu résoudre au préalable un certain nombre de difficultés. Ces difficultés sont de trois ordres : corporelles, psychiques, et spirituelles. Avant de prétendre atteindre un certain degré d’avancement sur la voie de l’évolution spirituelle, il est nécessaire d’être « maître chez soi » si je puis dire, c’est-à-dire de bien savoir gérer les problèmes liés aux réalités corporelles, psychiques et spirituelles de l’être humain. Une personne qui serait incapable de maîtriser ses appétits sexuels par exemple, ne réunirait pas les bonnes conditions pour prétendre à un quelconque avancement sur le chemin de la réalisation intérieure. Si cette même personne souffrait de troubles psychiques importants, une névrose par exemple, et si elle était dans l’impossibilité de résoudre ses désordres psychiques, ce serait encore un obstacle de plus sur le chemin spirituel. Enfin, si cette personne était une matérialiste convaincue et que pour elle, le but dans la vie, se résumerait à devenir riche et à accumuler des biens matériels, elle serait une fois de plus dans l’impossibilité de commencer le moindre travail spirituel. On le voit, la voie spirituelle est exigeante.

Pour accéder au domaine de la spiritualité, cela suppose au préalable d’avoir réalisé en soi une harmonie entre les trois niveaux de l’être (corps, âme, esprit), et à l’intérieur de chaque niveau d’être parvenu à maîtriser les énergies qui y circulent. Ces énergies peuvent être très puissantes, et il faut beaucoup de force intérieure pour pouvoir les canaliser ou les diriger dans le sens voulu. Il faut donc bien comprendre que si ce travail préliminaire n’a pas été effectué, il y a de grandes chances pour qu’aucune progression d’ordre spirituelle ne se produise. Le but est d’élever la conscience vers les mondes de l’esprit. La plupart des hommesne vivent qu’avec une conscience limitée aux domaines corporels et psychiques. Leur vie n’est qu’une suite ininterrompue de situations physiques et mentales entièrement conditionnées par ces deux domaines. Le plus souvent, ils n’en ont pas conscience et ils ignorent totalement qu’il existe d’autres façons de vivre sur cette terre. Pour devenir un être humain digne de ce nom, un « homme vrai » et authentique, il ne faut donc pas se contenter de vivre en subissant les influences qui viennent exclusivement du corps et du psychisme (donc qui viennent du bas), mais il faut, au contraire, s’ouvrir aux influences qui viennent du haut, c’est-à-dire de l’esprit. Cette ouverture aux réalités spirituelles est notre seul vrai but dans notre vie terrestre. Il n’y en a pas de plus digne et de plus élevé. Nous pouvons même dire que ce n’est que lorsque les trois « corps » vivront en parfaite harmonie sous l’influence exclusive de l’esprit que nous pourrons prétendre au titre d’être humain. C’est seulement lorsque nous aurons réalisé cet objectif que tout le potentiel humain en nous sera accompli. 
Daniel Robin.

Ci-dessus : « L’âme captive » par Elihu Vedder (26 février 1836 - 29 janvier 1923), peintre symboliste américain. Le peintre américain évoque l’âme dans son °uvre (c’est une femme dans le tableau), mais nous préférons parler de l’esprit (masculin). Le chemin spirituel est la recherche d’une libération de l’esprit qui est comme emprisonné dans la matière. L’esprit sait que son origine n’est pas de ce monde (il est triste dans le tableau). Il se sent comme un exilé sur terre, et il cherche à retrouver sa vraie patrie céleste (le Soleil derrière les brumes dans le tableau). Il sait qu’il est limité par les possibilités de son corps (les liens enserrent l’esprit dans le tableau) et il voudrait retrouver sa liberté spirituelle.