Le Cas Parfait de L'AIN (2007)

Plusieurs témoins ne se connaissant pas, photos en plein jour, enquête de gendarmerie, investigation du GEIPAN, médiatisation presse.

Un texte de Jean-Pierre TROADEC
Auditeur de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale
Commandant (Chef d'Escadron R.C.) Gendarmerie nationale

Avertissement : pour facilité de lecture nous employons dans le texte le mot ovni, plus usité par l'opinion, mais il faut le lire comme le sigle PAN, pour Phénomènes Aérospatiaux Non identifié, utilisé actuellement dans la nomenclature du GEIPAN, le Groupe d'Études et d'Informations des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés qui a son siège à Toulouse, au sein du Centre National d'Études Spatiales.

Le 2 octobre 2007 se déroule en début d'après-midi, près de Châtillon-sur-Chalaronne, dans le département de l'Ain, un cas ovni exceptionnel : en plein jour, une dizaine de témoins, voient un objet à basse altitude se déplaçant lentement, avec une phase en vol stationnaire, une série de photos nettes est réalisée, 20 mn d'observation, un rapport de gendarmerie rédigé, une enquête du GEIPAN (Groupement d'Étude et d'Information des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, Centre National d'Études Spatiales, Toulouse) enclenchée. L'ovni mesure plusieurs dizaines de mètres d'envergure. Le cas figure selon nous parmi les plus spectaculaires de ces dix dernières années. Des chercheurs privés ont tenté d'enquêter en vain, le GEIPAN a visiblement retiré ce cas de son site, apparent un certain temps comme inexpliqué sur le serveur du CNES. Aujourd'hui en faisant une recherche sur le site du GEIPAN, par date et région, la mention suivante apparaît : « Aucun résultat ne correspond à vos critères de recherche » ! Une sorte de black-out semble s'être abattu sur ce dossier, sans que l'on sache pourquoi. Nous avons ouvert l'enquête et avons trouvé des documents qui posent questions.

Le 2 octobre 2007 une dizaine de témoins, ne se connaissant pas assistant à une scène digne d'un film fantastique. Ils voient un objet énorme se déplaçant bas au-2007dessus du sol par un temps dégagé ensoleillé. Un article de presse paraît plus de 20 jours plus tard, le 28 octobre, dans le quotidien Le Progrès, sous la signature de Muriel Moustier. La journaliste contactée à l'époque par l'équipe lyonnaise d'Ovni Investigation décline l'offre de rencontrer les ufologues, disant que tout ce qu'elle possède sur l'affaire est dans la presse. Elle ne souhaite pas établir le contact entre témoins et enquêteurs privés pour des questions de confidentialité, ce qui est compréhensible. Ce qui est étonnant c'est que cette histoire n'a pas donné lieu à d'autres papiers, il y avait de quoi alimenter la chronique vu l'ampleur du phénomène et le nombre de témoins. La brigade de gendarmerie de Châtillon-sur-Chalaronne se cantonne à un « no comment », tout à fait réglementaire ; la Gendarmerie nationale n'ayant pas vocation à servir de service d'information sur les rapports qu'elle établit et sur ceux concernant les ovnis. C'est une question qui relève de la pratique militaire et/ou policière (que l'on soit dans le cadre d'un dossier de police judiciaire ou de police administrative, touchant aussi bien la gendarmerie que la police). Le secret de la procédure (lorsqu'il y a une plainte ou un signalement) et le respect de l'anonymat des personnes concernées oblige à la non divulgation auprès du public ou de groupements spécialisés des PV établis par l'autorité de sécurité publique.

Voyons l'accroche de l'article du Progrès titré simplement « Un ovni dans le ciel de l'Ain » :
« Le 2 octobre dernier, une vingtaine de témoins observent un « phénomène aérospatial non identifié » qui ressemble à « une glace italienne » ou à « un sapin de Noël » Depuis, les enquêteurs du GEIPAN mènent l'enquête OVNI ou pas OVNI ? Le mystère reste entier pour le moment. »
Ancien pilote d'aviation, pilote d'hélicoptère et aérostier, Claude X connaît a priori le ciel et ce qui s'y « promène » comme sa poche. C'est lui qui, le 2 octobre dernier, va signaler le phénomène auprès de la gendarmerie de Châtillon-sur-Chalaronne, où un procès verbal sera dressé. L'alerte est donnée au GEIPAN -Groupe d'Études et d'Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés-, le service officiel chargé en France de la collecte et de l'analyse des témoignages d'OVNI (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés – PAN), qui fait partie du Centre National d'Études Spatiales.

On le voit le papier est accrocheur, les lecteurs ne lisent pas ce genre d'informations tous les jours.

Le témoin principal est dans son jardin, près de Châtillon-sur-Chalaronne, lorsqu'il observe durant 20 mn l'objet insolite situé à quelques deux cents mètres de lui. Le phénomène semble d'abord en position stationnaire, juste à la verticale de N. et se dirige vers la ville de Vonnas. Claude prend sa voiture et le suit à la vue. Chose qui l'intrigue « Il avait un cheminement régulier et était entouré d'un nuage de brume, comme une poussière ». L'ensemble parait tourbillonner et en l'espèce ne ressemble à rien de conventionnel.

L'ovni ressemble à deux cônes l'un sur l'autre. La brume disparaît. Le pilote est formel, ce qu'il voit n'est pas d'origine météo et ne ressemble à aucun appareil connu.

Un chauffeur routier est également entendu par les autorités. Ce dernier prend aussi en chasse, dans son camion, l'objet, toujours depuis Neuville. Les récits se recoupent. Le chauffeur parle d'un « bigorneau volant » qu'il observe sur fond de ciel bleu avec ses jumelles. Il est 12 h 45. Trois autres témoins complètent les récits du pilote et du chauffeur routier. Ce dernier précise encore « quelque chose pendait dessous, une espèce de tube ». Le phénomène finit par disparaître en s'éloignant, une photo montrera d'ailleurs cette phase, affichant simplement une masse diffuse orangée, d'où les détails disparaissent aux yeux des témoins. Nous sommes toujours dans le secteur Vonnas/N., secteur rural de l'Ain.

Une vingtaine de témoins, dont sept identifiés par la gendarmerie voit le mystérieux objet aérien. Il disparaît en direction de la ville de Mézériat, toujours dans l'Ain.

Trois enquêteurs du GEIPAN sont mandatés sur place pour enquêter. Les moyens lourds sont mis en place. L'affaire est sérieuse. Les membres du CNES arrivent sur places les 18 et 19 octobre. Ils interrogent les témoins. Aucune faille n'apparaît dans les récits. Les photos réalisées les intéressent grandement. Le département de l'Ain, sur l'épicentre de Châtillon-sur-Chalaronne a été survolé par « un engin » dont personne ce 2 octobre ne peut trouver d'explication à ce jour. Vu à très basse altitude, par beau temps sur un ciel dégagé en début d'après midi cela constitue, avec les témoins nombreux, un scénario rêvé pour les meilleures conditions d'observation.

Précision d'importance, seul Le Progrès de l'Ain a publié l'information avec une bonne copie de photo du phénomène, les autres éditions du journal, dont celle de Lyon, la plus importante en diffusion, ont fait l'impasse totale sur cette information de proximité.
L'article comporte encore une déclaration de Jacques Patenet, à l'époque Directeur du GEIPAN qui affirme « Ce n'était pas une montgolfière ».

Ce papier du Progrès fera date car aucune autre information ne paraîtra ailleurs. Quelques sites ufologiques reprendront l'info de base, sans avoir accès aux données gendarmerie/GEIPAN. Sur le site de ce dernier un seul cas figure aujourd'hui (en juin 2012 le chiffre est passé à deux) pour Rhône-Alpes, sur 2007, celui du 30 juin à Annemasse, avec la mention « en cours « (d'enquête). L'affaire de Châtillon-sur-Chalaronne est apparue à l'époque sur le web du GEIPAN, aujourd'hui le cas est retiré ! Le plus extraordinaire de l'histoire est la série de photos présentant l'objet observé. Les documents sont exceptionnels de netteté. Le témoin est formel « c'était comme une masse d'une grosse maison de 20 mètres de haut et 30 mètres de large, en forme de losange, de couleur marron foncé sur la partie inférieure et bleuté avec reflets dorés sur la partie supérieure ». C'est la déclaration exacte qu'il fait aux gendarmes du groupement de Bourg-en-Bresse, reprise dans le PV officiel.

Le rapport détenu par l'État Major de région Rhône-Alpes de la Gendarmerie nationale ; signale le cas sous la référence : « Objet volant non identifié à N., observation d'un phénomène surnaturel/ovni ».

L'identité et adresse des témoins sont connues des militaires, avec les paramètres physiques de l'observation. Comme il s'agit d'un rapport de police administratif, le témoin est mentionné comme « victime », on apprend qu'il est informaticien et ancien pilote d'hélicoptère, d'ULM et de montgolfière. Donc son témoignage est primordial. Il aurait su reconnaître tout aéronef conventionnel, ou divers ballons ou autres lanternes chinoises très en vogue ces derniers temps, et souvent objet de confusion. Au sujet de Claude le rapport de gendarmerie souligne : « L'intéressé est surpris par la forme inhabituelle de l'engin qui prend la même direction que lui et sa voiture. Il aperçoit de nouveau l'ovni entre sa commune de résidence et Vonnas (Ain). Témoin crédible ayant toute sa raison et ayant pris des photos avec un appareil numérique. Un autre témoin ayant vu sur Vonnas l'engin a été contacté par téléphone et confirme l'observation ».

La Brigade de Gendarmerie des Transports Aériens (BGTA) est avisée. Le Capitaine M. du Centre de détection et de contrôle de la base aérienne du Mont Verdun – base militaire OTAN - (Rhône) confirme qu'aucun avion civil ou militaire pouvant correspondre n'a volé dans le secteur pendant le créneau horaire correspond à l'observation de Châtillon-sur-Chalaronne, c'est-à-dire entre 13 h et 13 h 15 environ le 2 octobre 2007.

Certains ont parlé de confusion possible avec ces fameuses lanternes chinoises (ou thaïlandaises), petites structures de papier à l'intérieur de laquelle une source de chaleur les fait s'élever comme une montgolfière. Ces objets sont de petite taille, 40 à 50 cm de haut et ne sont visibles que la nuit, selon un modèle d'ascension vertical et ensuite une redescente brutale vers le sol. Leur couleur varie du jaune au rouge et leur forme est plutôt sphérique, légèrement allongée vers le haut avec une base plate. On est très loin de l'objet de « 40 mètres », évoluant à 150 mètres de haut et présentant des teintes marron, bleutée et dorée avec un déplacement horizontal, entouré d'une sorte de brume, tel que l'ont décrit les témoins de Châtillon-sur-Chalaronne. Le mystère reste entier et l'on souhaiterait connaître les conclusions du GEIPAN qui a envoyé à l'époque trois enquêteurs sur place.

Les photos de l'Ain de 2007 n'ont pas trouvé, malgré des analyses, d'explication logique. Sur la dernière prise de vue le phénomène semble changer de forme et devenir plat comme un sorte de ballon de rugby horizontal, en phase d'éloignement des témoins, entouré d'un halo de brume. Après le PAN a disparu à la vue des témoins. En compilant les archives mondiales nous avons trouvé quelques prises de vue qui font penser au même PAN que celui de 2007 dans l'Ain. Le plus proche date du 14 mai 1994 dans la région d'Avranches dans la Manche, tiré d'un film amateur avec plusieurs témoins. Le phénomène est près du sol, car sur les premières images on voit la route et les arbres. Dans ce cas le phénomène semble se diluer dans l'air entouré d'un halo de brume et disparaît à la vue. Ses couleurs et se texture rappellent celles de l'Ain : du bleu, de l'argent et quelques points dorés.

Nous sommes ensuite sur Lyon, toujours en 2007, le 6 octobre quatre jours après le survol de l'Ain, un objet évolue lentement au-dessus de Lyon en déplacement horizontal, semblable à un ballon de rugby, près des toits. Le rapport vient de la couleur et de la texture semblable à celles de l'Ain. Les prises de vue sont de Jacky Créneau. Un objet dans la droite ligne de celui de Lyon, mais d'une texture semblable à celle de l'Ain toujours a été photographié au-dessus du Vatican le 27 mai 2010 à 9 h 34. Mexico 2011, une chaîne de TV locale diffuse un film amateur ou l'objet ressemble étrangement à celui de 2007 dans l'Ain et puis plus proche de nous dans le temps, en Californie la chaîne TV Noriko montre un autre PAN en tous points semblable à celui de l'Ain à nouveau. Dans toutes ces affaires aucune explication à ce jour n'a été trouvée. L'observation de l'Ain est la plus ancienne à notre connaissance avec ce type de structure

PS. Les seuls cas visibles sur le site du GEIPAN au 24 mai 2012, pour l'année 2007, sont ceux d'Annemasse le 30 juin 2007 en Haute-Savoie et du 19 juin 2007 à Nyons dans la Drôme. Ils sont classifiés « A » tous les deux, ce qui signifie qu'il s'agit « d'enquêtes sur lesquelles le GEIPAN n'a pas pu se prononcer ».