Article paru dans une revue de la Gendarmerie Nationale

Publication en Septembre 2013 de Jean-Pierre TROADEC, Chef d’escadron (RC) Gendarmerie nationale, Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.

Il existe plusieurs revues émanant des forces de gendarmerie française, destinées à faire connaître les missions et actions de ce corps militaire.

Rappelons que la revue de RESGEND, "Bleu Défense", défend des valeurs et l'appartenance historique et immuable de la gendarmerie aux armées.

Bleu Défense est édité par l’Association Nationale des Réservistes et des Sympathisants de la Gendarmerie (R.E.S. GEND).

Bleu Défense a été lancé en octobre 2012, remplaçant un titre plus ancien, Le Progrès de la gendarmerie et de la garde républicaine, trimestriel ayant atteint en 2010 sa centième année d’existence. Bleu Défense se veut une version plus contemporaine de ce titre historique, dirigé par le Colonel de gendarmerie (H) Jean-Pierre Sobol et son rédacteur en Chef le lieutenant (RC)  Philippe Gache.

Le magazine,  dont le comité de rédaction est composé de plusieurs colonels de gendarmerie, est diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires.

Il vise, en terme de lectorat, les centres décisionnaires de l’Etat, les ministères, les états-majors, les grandes institutions de la République, les administrations et l’ensemble des relais d’opinion concernés par la défense et la sécurité, la gendarmerie et ses forces de réserve.

La parution d’un reportage sur l’action de la gendarmerie dans le recueil des informations sur le dossier ovni, dans ce type de publication, reste un évènement.

Collecte par la gendarmerie de témoignages d’observations, de phénomènes aérospatiaux non identifiés

 
« Tout ce qui inquiète la population intéresse la gendarmerie », disait en 2008 le Commandant C., dans une interview accordée au Figaro, dans le cadre d’un reportage titré « Quand les gendarmes chassent les ovnis ».

Sur le site Internet du Ministère de la Défense on trouve, en 2009, sur une page consacrée aux missions de la gendarmerie, un passage qui dit en substance « …la diversité de la police administrative souligne la polyvalence du gendarme, autant que l’étendue du spectre de ses compétences…. Cas extrême, il recueille le renseignement sur les objets volants non identifiés (les « OVNI ») ».

Beaucoup de personnes l’ignorent, mais effectivement la gendarmerie procède régulièrement au recueil de données sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (PAN). Le terme ovni ayant été remplacé par un sigle plus large, dans ses aspects testimoniaux – PAN - et moins connoté d’une dimension fantastique. Un protocole d’accord, datant  de 2011, concernant ce type de mission de la gendarmerie cadre bien les choses. Il n’est pas le premier du genre et se trouve  toujours valide aujourd’hui. Le document établi une coopération entre le Centre National d’Etudes Spatiale et la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale. Il est signé d’un représentant hiérarchique de chaque institution. Ceci montre tout l’intérêt que le sujet suscite, en termes de fait de société, touchant le territoire national.

Le texte a pour objet un protocole concernant à la collecte et la transmission, par la gendarmerie nationale, de témoignages circonstanciés concernant le signalement par des témoins, de phénomènes aérospatiaux non identifiés aux services du GEIPAN, situé à Toulouse. Le GEIPAN, Groupe d’Études et d’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés fait partie intégrante des missions du Centre National d'Études Spatiales (CNES).

Le GEIPAN a pour missions : la collecte des témoignages d’observations de PAN sur le territoire français ; l’analyse des témoignages pour tenter d’expliquer les phénomènes observés (enquêtes) ; l’archivage des témoignages, l'un des objectifs importants de cet archivage étant de permettre l'étude ultérieure éventuelle par la communauté scientifique des observations restées inexpliquées ; l’information et la communication vers le public. A ce titre, il a engagé dès 2007 la mise en ligne de l'ensemble de ses archives. Le fait constitua un évènement médiatique, relayé largement par la presse nationale et internationale.

La Direction Générale de la Gendarmerie Nationale est représentée au sein du Comité de Pilotage du GEIPAN.

Le CNES étudie les PAN depuis 1977, date de la création du GEPAN (Groupe d’Étude des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés). En 1988, le GEPAN est remplacé par le SEPRA (Service d’Études des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques). Fin 2001, la Direction générale du CNES commande un audit pour statuer sur l’avenir de l’activité.

En 2005, à la suite d’un audit, le Président du CNES décide la restructuration de l’activité et le GEIPAN (Groupe d’Études et d ’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) se substitue au SEPRA, avec une recommandation importante d’informer le public en toute transparence. Cette recommandation se retrouve dans le I (I pour Information) ajouté au sigle GEIPAN et s'exprime concrètement à travers la publication, entamée en 2007, des archives et dossiers du GEIPAN, via son site internet public, et à travers une communication grand public plus volontaire (site internet, plaquettes, conférences, contacts presse et médias).

Le « mémento du gendarme » possède un chapitre consacré à la question, soulignant les mesures à prendre et procès-verbal à transmettre en cas d’observation d’un PAN. Le document énonce aussi une liste de confusions possibles, comme l’effet de brume, les nuages, les feux d’artifice, les lasers et divers aéronefs comme les U.L.M. ou les hélicoptères, ou encore les ballons météo.

Quand on consulte en ligne les archives du GEIPAN on constate qu’une part importante de cas est issue de rapports de gendarmerie, rendus anonymes pour l’internaute. L’implantation de la gendarmerie sur l’ensemble du territoire, avec ses brigades très facilement accessibles, permet aux témoins de PAN de venir signaler leur observation. Les témoins sont alors auditionnés, le rapport étant transmis ensuite au GEIPAN. Venir déposer son témoignage est une démarche officielle, elle permet d’éliminer à priori toute supercherie. Le rôle de la gendarmerie en matière de PAN peut être aussi la préservation d’éléments d’appréciation liés à une observation insolite : sauvegarde d’une photographie (cas de Chatillon sur Chalaronne en 2007 dans l’Ain) ou préservation de traces avec éventuels prélèvements de terre ou de végétaux (cas de Trans-en-Provence en 1981 dans le Var). Ceci, bien entendu, sans préjuger de la nature du phénomène. La gendarmerie reste à son niveau de constat précis des évènements. Le GEIPAN se charge ensuite de classifier les cas, comme identifiés ou non au regard des pièces du dossier.

Le protocole Gendarmerie/CNES-GEIPAN sert de cadre de collaboration pour constituer une source fiable de données. Le GEIPAN a tissé des liens également avec l’armée de l’air, la police nationale ou l’aviation civile.

Le GEIPAN a reçu en 2010 quelques 196 témoignages formels, en 2011 le nombre est de 143, en 2012 il est de 185, dont une quarantaine de PV de gendarmerie.

Le 6 juin 1975 un gendarme de l’escadron de gendarmerie mobile de Révigny-sur-Ornain, dans la Meuse, O.G., 25 ans, roule avec sa R15 sur la D 103 vers la Chapelle Notre Dame de Grâce de Révigny. Il est 21 h 30. Photographe amateur et photographe de l’escadron il est équipé d’un Asahi Pentax SP 500. Au-dessus du bois il voit un halo lumineux rouge orangé vif. Un large halo lenticulaire barré d’un creux en son milieu. De 4 à 5 m d’épaisseur pour une longueur estimée de 40 m, stationnaire. Le gendarme prend un premier cliché, puis un second avec une pose. A ce moment précis le phénomène se déplace rapidement à une vitesse « énorme » et disparait dans le ciel dans une trajectoire en forme de « S ». O.G. fait un PV. Aucune explication n’a été trouvée à ce jour.

Le cas reste exemplaire, il figure en détail dans les deux éditions différentes du livre « Dans les archives inédites des services secrets », éditions L’Iconoclaste, 2010 et 2011. L’ouvrage a été réalisé à partir des principaux fonds d’archives du renseignement français. Figurent, comme sources, les logos du Ministère de la Défense, de la DGSE, de la DCRI et de la Préfecture de Police. L’affaire de Révigny-sur-Ornain est signalée comme « extrait d’un rapport de gendarmerie ».
 
Jean-Pierre TROADEC
Chef d’escadron (RC) Gendarmerie nationale, Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.

 
Rappel :
Les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (PAN) sont regroupés en 4 catégories :
- PAN de catégorie A : observation ayant été expliquée sans aucune ambiguïté
- PAN de catégorie B : observation pour laquelle l'hypothèse retenue par le GEIPAN est considérée comme très probable
- PAN de catégorie C : observation non analysable faute d'informations
- PAN de catégorie D : observation inexpliquée malgré les éléments en possession du GEIPAN. La catégorie D recouvre deux sous-catégories. Les PAN D1 qui correspondent à des phénomènes étranges, mais dits de consistance moyenne, par exemple associés à un témoignage unique, sans enregistrement photo ou vidéo.  Les PAN D2 qui correspondent à des phénomènes très étranges et de consistance forte : plusieurs témoins indépendants et/ou des enregistrements photo ou vidéo et/ou des traces au sol. Les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés de type D représentent 22% des témoignages.

· Jean-Pierre Troadec est l’auteur du livre « Les O.V.N.I. », Collection Que Sais-Je ? aux Presses Universitaires de France. Traduit en plusieurs langues, avec plusieurs réactualisations, l’ouvrage est une approche scientifique et sociologique du phénomène des PAN depuis 1947 à nos jours.